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Extrait série "Les oiseaux de la tempête" O.Got-2016
31 mai 2016, Bordeaux. Pendant que la cité du vin est inaugurée en grandes pompes avec Alain Juppé et François Hollande, le collectif luttes 33 bloque la rocade. Ce moment vécu raisonne en moi tout particulièrement avec la lecture du livre de Lola Lafon "Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce" dont le titre est extrait d'un poème de Voltairine de Cleyre pour le martyr August Spies, anarchiste exécuté en toute illégalité après les émeutes de Haymarket Square en 1887. Une jeunesse militante qui ne veut pas être là où on l'attend.

Extrait série "Cadre/Origine" O.Got-2018
Quel est le cadre de nos origines ? Quel est l'origine du cadre des images ?
Il est ici question d'abord du cadre en tant que milieu géographique et social mais aussi d'un jeu avec le cadre en tant qu'objet délimitant une image exposée.
Une mise en abyme du regard autour des processus d'assignation identitaire, d'essentialisation. Une introspection de l'acte photographique de cadrer qui à la fois simplifie, extrait, isole et en appelle au hors-champ, à l'ailleurs, le non-dit, non-vu, propose des relations complexes avec d'autres images, d'autres regards.
Je suis originaire d'une famille métisse de la Martinique. Ma grand-mère paternelle y est née en 1907 et est arrivée en métropole à l'âge de 18 ans. Jamais elle ne verbalisa ses origines métisses qu'elle se força de dissimuler toute sa vie, faisant appel sans le savoir aux tactiques du passing. Mon regard d'enfant maintes fois posé sur la photographie de famille prise en 1907 puis les explorations généalogiques menées par la suite ne laissent aucun doute sur la créolisation de notre famille. Tout par de ce cadre et y revient. Voilà l'origine de cette série photographique.
Il est ici question d'abord du cadre en tant que milieu géographique et social mais aussi d'un jeu avec le cadre en tant qu'objet délimitant une image exposée.
Une mise en abyme du regard autour des processus d'assignation identitaire, d'essentialisation. Une introspection de l'acte photographique de cadrer qui à la fois simplifie, extrait, isole et en appelle au hors-champ, à l'ailleurs, le non-dit, non-vu, propose des relations complexes avec d'autres images, d'autres regards.
Je suis originaire d'une famille métisse de la Martinique. Ma grand-mère paternelle y est née en 1907 et est arrivée en métropole à l'âge de 18 ans. Jamais elle ne verbalisa ses origines métisses qu'elle se força de dissimuler toute sa vie, faisant appel sans le savoir aux tactiques du passing. Mon regard d'enfant maintes fois posé sur la photographie de famille prise en 1907 puis les explorations généalogiques menées par la suite ne laissent aucun doute sur la créolisation de notre famille. Tout par de ce cadre et y revient. Voilà l'origine de cette série photographique.

Extrait série "saisir ce qui nous échappe" O-Got-2016
Nous sommes à Jedburgh. Ce jeudi 11 février 2016, c’est le jour du Jedhart handba’ et c’est aussi un peu le jour des fous. Traditionnellement, licence était donnée aux écoliers de la ville et tous les ouvriers avaient quartier libre. Toute la campagne environnante se pressait au spectacle du ba’ game. Aujourd’hui encore, les femmes cousent des rubans aux petites balles de cuir dur fourrées de mousse et de foin. Le joueur qui les leur rapportera obtiendra peut-être leurs faveurs. Ici le jeu n’a lieu qu’une fois l’an, le jeudi d’après le Mardi-Gras, parfois le jeudi suivant, en fonction d’un calendrier lunaire déterminé par un vieux proverbe local. On ne sait jamais sa date trop à l’avance, tellement le jeu échappe à toute logique apparente. Pourtant, on sait bien qu’il aura lieu, et suffisamment à l’avance on sait quel jour ce sera. On le sait, car il faut préparer les balles, qu’on lancera le moment venu à la mêlée pour commémorer les anniversaires de mariages.
Jedburgh est une petite ville tranquille de la région des Borders, au sud de l’Ecosse. Une ville tranquille, donc, mais une fois par an le jeu contredit cette idée. Une ville-frontière, aussi, et cette fois le jeu reflète bien cette idée. Le principe du jeu, c’est le combat de ceux du haut contre ceux du bas. L’opposition des principes du monde. Le haut contre le bas. L’hiver contre l’été. La nuit contre le jour. De midi à minuit s’il le faut. Jusqu’à la fin des balles dont les lancers égrènent les heures le jour du jeu. Jusqu’à la fin des temps.
Pour parvenir à Jedburgh, si l’on vient du nord et d’Edimbourg, il faut longer les murs du Duc de Buccleuch pendant plusieurs dizaines de miles. Si l’on vient du sud et d’Angleterre, c’est le mur d’Hadrien que l’on traverse. Géographie sensible. A l’arrivée, on est à la fois face au mur, au pied du mur, de l’autre côté du mur. Et pendant le temps du jeu il n’y a plus de murs. Les balles s’envolent par-dessus les murs. La rivière Jed, les façades des maisons des rues principales, les murs du Duc de Buccleuch et d’Hadrien projettent leurs ombres gigantesques et tournoient autour des joueurs emmêlés. Empoignade générale ! On part au quart de tour et on s’arc-boute pour ne pas contrarier le sens des murs, le sens du temps, le sens des heures passées à jouer, le sens du monde qui maintient les joueurs dans un chaos bien ordonné, à la fois entre les murs et au-delà des murs.
Les mythes locaux de Jedburgh, celui de l’Anglais honni, violeur de filles locales, dont on utilise la tête coupée en guise de ballon, celui du galant Prince de la jeunesse à la poitrine duquel on épingle un vert rameau de chêne, l’été, dans le parc de Ferniehirst, celui de la cavalcade victorieuse qui défend la communauté des ladres contrebandiers, tous ces mythes nous éloignent apparemment des rugosités du bitume et de la réalité brute du jeu. Comme si le chaos de la mêlée ne pouvait se satisfaire de lui-même et devait s’adosser à quelque explication rationnelle venue de l’extérieur. Ainsi, les mythes rationalisent ce que la mêlée touffue ne peut arriver à expliquer elle-même. Et pourtant, dans la mêlée, l’action transcende les mythes et n’a plus besoin d’eux. Le jeu rassemble l’enfance et l’âge adulte, les hommes et les femmes, les paysans et les bourgeois. Il a sa logique propre, une logique populaire insoumise aux règles de la raison d’Etat, une logique qui passe par le contact des corps, une logique qui construit des relations improbables entre les joueurs locaux et toute personne de passage prête à se jeter dans la mêlée.
Cette balle qui nous échappe, elle contient un fragment du monde. Chercher à la saisir, c’est chercher à comprendre ce qui se passe.
Laurent Sébastien Fournier,
Anthropologue, Professeur des Universités, Université Côte d'Azur.
Jedburgh est une petite ville tranquille de la région des Borders, au sud de l’Ecosse. Une ville tranquille, donc, mais une fois par an le jeu contredit cette idée. Une ville-frontière, aussi, et cette fois le jeu reflète bien cette idée. Le principe du jeu, c’est le combat de ceux du haut contre ceux du bas. L’opposition des principes du monde. Le haut contre le bas. L’hiver contre l’été. La nuit contre le jour. De midi à minuit s’il le faut. Jusqu’à la fin des balles dont les lancers égrènent les heures le jour du jeu. Jusqu’à la fin des temps.
Pour parvenir à Jedburgh, si l’on vient du nord et d’Edimbourg, il faut longer les murs du Duc de Buccleuch pendant plusieurs dizaines de miles. Si l’on vient du sud et d’Angleterre, c’est le mur d’Hadrien que l’on traverse. Géographie sensible. A l’arrivée, on est à la fois face au mur, au pied du mur, de l’autre côté du mur. Et pendant le temps du jeu il n’y a plus de murs. Les balles s’envolent par-dessus les murs. La rivière Jed, les façades des maisons des rues principales, les murs du Duc de Buccleuch et d’Hadrien projettent leurs ombres gigantesques et tournoient autour des joueurs emmêlés. Empoignade générale ! On part au quart de tour et on s’arc-boute pour ne pas contrarier le sens des murs, le sens du temps, le sens des heures passées à jouer, le sens du monde qui maintient les joueurs dans un chaos bien ordonné, à la fois entre les murs et au-delà des murs.
Les mythes locaux de Jedburgh, celui de l’Anglais honni, violeur de filles locales, dont on utilise la tête coupée en guise de ballon, celui du galant Prince de la jeunesse à la poitrine duquel on épingle un vert rameau de chêne, l’été, dans le parc de Ferniehirst, celui de la cavalcade victorieuse qui défend la communauté des ladres contrebandiers, tous ces mythes nous éloignent apparemment des rugosités du bitume et de la réalité brute du jeu. Comme si le chaos de la mêlée ne pouvait se satisfaire de lui-même et devait s’adosser à quelque explication rationnelle venue de l’extérieur. Ainsi, les mythes rationalisent ce que la mêlée touffue ne peut arriver à expliquer elle-même. Et pourtant, dans la mêlée, l’action transcende les mythes et n’a plus besoin d’eux. Le jeu rassemble l’enfance et l’âge adulte, les hommes et les femmes, les paysans et les bourgeois. Il a sa logique propre, une logique populaire insoumise aux règles de la raison d’Etat, une logique qui passe par le contact des corps, une logique qui construit des relations improbables entre les joueurs locaux et toute personne de passage prête à se jeter dans la mêlée.
Cette balle qui nous échappe, elle contient un fragment du monde. Chercher à la saisir, c’est chercher à comprendre ce qui se passe.
Laurent Sébastien Fournier,
Anthropologue, Professeur des Universités, Université Côte d'Azur.

Extrait de l'exposition "Entrez dans la grotte de Cussac" O-Got-2012
La grotte préhistorique de Cussac, découverte en septembre
2000 au sud de la vallée de la Dordogne, abrite des centaines de
gravures gravettiennes associées à des restes humains datant
de plus de 29 000 ans. Le calcaire tendre des parois a permis la
réalisation de gravures monumentales, rares pour cette période.
La présence d’un art pariétal et de témoignages du passage des
hommes et des animaux (traces de pas, mouchage de torches, etc.)
remarquablement bien préservés, font de cette grotte, un terrain
de recherche exceptionnel.
Depuis 2010, la grotte de Cussac fait l’objet d’une étude
interdisciplinaire menée par une trentaine de chercheurs au sein
d’un projet collectif de recherche (PCR) qui associe étroitement
l’élément culturel (les productions graphiques, les pratiques
funéraires) et l’élément naturel (le massif, la paroi), afin de répondre
aux exigences actuelles en matière de conservation, de protection
et de valorisation patrimoniale.
L’exposition « Entrez dans la grotte de Cussac » vous propose de découvrir les gravures pariétales
à travers les photographies réalisées par Norbert Aujoulat, ancien conservateur du Département d’art
pariétal au Centre National de Préhistoire, ainsi que le travail des chercheurs grâce aux clichés d’Olivier
Got, photographe de l’Université de Bordeaux.
Cette exposition a été conçue par le service Culture de l’Université de Bordeaux, Campus sciences
et technologies (Anne Lassègues, responsable du service Culture et Elsa Dorey, journaliste scientifique)
et le laboratoire PACEA, UMR 5199 CNRS-Université de Bordeaux-Ministère de la Culture et de la
Communication (commissaires scientifiques : Jacques Jaubert et Nathalie Fourment) en collaboration avec
le Pôle international de la Préhistoire et la Direction régionale des affaires culturelles – Aquitaine (DRAC).
2000 au sud de la vallée de la Dordogne, abrite des centaines de
gravures gravettiennes associées à des restes humains datant
de plus de 29 000 ans. Le calcaire tendre des parois a permis la
réalisation de gravures monumentales, rares pour cette période.
La présence d’un art pariétal et de témoignages du passage des
hommes et des animaux (traces de pas, mouchage de torches, etc.)
remarquablement bien préservés, font de cette grotte, un terrain
de recherche exceptionnel.
Depuis 2010, la grotte de Cussac fait l’objet d’une étude
interdisciplinaire menée par une trentaine de chercheurs au sein
d’un projet collectif de recherche (PCR) qui associe étroitement
l’élément culturel (les productions graphiques, les pratiques
funéraires) et l’élément naturel (le massif, la paroi), afin de répondre
aux exigences actuelles en matière de conservation, de protection
et de valorisation patrimoniale.
L’exposition « Entrez dans la grotte de Cussac » vous propose de découvrir les gravures pariétales
à travers les photographies réalisées par Norbert Aujoulat, ancien conservateur du Département d’art
pariétal au Centre National de Préhistoire, ainsi que le travail des chercheurs grâce aux clichés d’Olivier
Got, photographe de l’Université de Bordeaux.
Cette exposition a été conçue par le service Culture de l’Université de Bordeaux, Campus sciences
et technologies (Anne Lassègues, responsable du service Culture et Elsa Dorey, journaliste scientifique)
et le laboratoire PACEA, UMR 5199 CNRS-Université de Bordeaux-Ministère de la Culture et de la
Communication (commissaires scientifiques : Jacques Jaubert et Nathalie Fourment) en collaboration avec
le Pôle international de la Préhistoire et la Direction régionale des affaires culturelles – Aquitaine (DRAC).

Extrait de la série "Marre de la barbe à papa" O-Got- 2014
Août 2014 dans un airial Landais, un petit air forain pour les 40 ans de deux cousines.
David Pujadas n'ayant pas encore décrété que le patriarcat était derrière nous (JT du 29 mars 2017), l’indétrônable barbe à papa devait être balayée.
Alors que le soleil décline, portraits autour du stand "La moustache à maman".
La femme, en tant que phénomène de foire, est elle mieux à barbe ou à moustache ?
Le poil oblige-t-il au sérieux ? Ou comment l’auto dérision militante se joue de velus attributs.
David Pujadas n'ayant pas encore décrété que le patriarcat était derrière nous (JT du 29 mars 2017), l’indétrônable barbe à papa devait être balayée.
Alors que le soleil décline, portraits autour du stand "La moustache à maman".
La femme, en tant que phénomène de foire, est elle mieux à barbe ou à moustache ?
Le poil oblige-t-il au sérieux ? Ou comment l’auto dérision militante se joue de velus attributs.

Extrait de la série "L'amère méditerranée" O-Got-2016
En Aout 2016 je découvrais la Crète durant 3 semaines lors d'un voyage famillial où nous étions accueillis par des ami.e.s archéologues travaillant sur des fouilles archéologiques depuis 2005. Ces vacances exceptionnelles étaient un projet de longue date.
Ma joie initiale à la perspective de ce projet fit peu à peu place à un malaise devant l'actualité et les conséquences funestes des politiques migratoires européennes.
Le 18 mars 2016, François Hollande signe l'accord UE-Turquie malgré les alertes de Kenneth Roth , Directeur exécutif de Human Rights Watch.
C'est un consentement effectif à une politique perverse d'édification d'écueils mortifères entre les peuples d'europe et ceux du monde méditerranén, oriental, africain.
Je me retrouvais malgré moi engagé dans ce camp, comme des millions d'européens non consentants.
Outragé, où en était mon trajet ?
Depuis 2014, 25111 migrant.e.s sont mort.e.s ou disparu.e.s en Méditerranée alors qu’elles/ils tentaient d’atteindre les côtes de l’Europe. 5136 pour la seule année 2016 (OIM/Migrants disparus).
Plusieurs voix parlent de la méditerranée comme étant le plus grand cimetière de migrant.e.s.
J'y vois un cimetière marin de plus en plus massivement hanté, venant s'ajouter au cimetière atlantique, jonché d'esclaves du commerce triangulaire, migrant.e.s également, victimes de la toute puissance coloniale des états occidentaux. Et que savons-nous vraiment des fonds de toutes les autres étendues d'eau ?
L'histoire des migrations massives et forcées révèle bien souvent les volontés de domination et d'accaparement des grandes puissances économiques et leurs opérations d'influence géopolitique. Les mouvements échapatoires de populations actuels, conséquents aux bouleversements climatiques, relèvent des mêmes logiques et intentions.
Voilà dans quel état d'esprit je me retrouvais, en cet été 2016, à faire du tourisme sur cette magnifique et mythique île de la méditerranée.
Un touriste français bien loti incapable de faire abstraction de cette amère réalité. Bercé par le loisir de se débattre avec ses idéaux de solidarité internationale.
La beauté et le deuil chaque jour se télescopaient dans mon regard.
Toutes ces personnes en fuite, affrontant les eaux de la méditérannée dans l'espoir de vivre. Vivantes ou décédées, elles m'étaient invisibles.
Ressenti d' impuissance mélé à l'indécence de ma condition de vacancier.
Depuis ce séjour, l'amer est le premier goùt qui m'accompagne quand me vient le goùt du voyage, du déplacement. Ce n'est point un handicap.
Plutôt une mise au point. Un nouveau point d'appui. Un façon nouvelle d'appréhender chaque nouveau milieu où j'évolue.
Puisse ma façon de photographier échapper aux images douceureuses.
Informations annexes :
Le Projet Migrants Disparus de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) enregistre des incidents au cours desquels des migrants, quel que soit leur statut juridique, sont décédés aux frontières extérieures des États ou en cours de migration vers une destination internationale.
Ces données concernent uniquement les morts signalées. Il s’agit donc de données minimales sur la base de signalements émis par les gouvernements et par les bureaux locaux de l’OIM. Tous les chiffres restent donc sous-estimés.
Le 18 mars 2016 l'Union Européenne et la Turquie ont conclu un accord afin de mettre un coup d'arrêt à l'afflux de migrants vers l'Europe.
En termes quantitatifs, l’accord a abouti à des effets immédiats avec une réduction considérable des flux migratoires via la mer Egée à destination de la Grèce. En revanche, le nombre de traversées de la Méditerranée centrale, de la Libye vers l’Italie, a considérablement augmenté depuis.
L'UE s'engageait a accélérer le versement d'une aide de 3 milliards d'euros, déjà promise à la Turquie pour la prise en charge des 2,7 millions de réfugiés qu'elle été censée "accueillir". L'UE ouvrait aussi la porte à une nouvelle enveloppe du même montant avant la fin 2018.
Ma joie initiale à la perspective de ce projet fit peu à peu place à un malaise devant l'actualité et les conséquences funestes des politiques migratoires européennes.
Le 18 mars 2016, François Hollande signe l'accord UE-Turquie malgré les alertes de Kenneth Roth , Directeur exécutif de Human Rights Watch.
C'est un consentement effectif à une politique perverse d'édification d'écueils mortifères entre les peuples d'europe et ceux du monde méditerranén, oriental, africain.
Je me retrouvais malgré moi engagé dans ce camp, comme des millions d'européens non consentants.
Outragé, où en était mon trajet ?
Depuis 2014, 25111 migrant.e.s sont mort.e.s ou disparu.e.s en Méditerranée alors qu’elles/ils tentaient d’atteindre les côtes de l’Europe. 5136 pour la seule année 2016 (OIM/Migrants disparus).
Plusieurs voix parlent de la méditerranée comme étant le plus grand cimetière de migrant.e.s.
J'y vois un cimetière marin de plus en plus massivement hanté, venant s'ajouter au cimetière atlantique, jonché d'esclaves du commerce triangulaire, migrant.e.s également, victimes de la toute puissance coloniale des états occidentaux. Et que savons-nous vraiment des fonds de toutes les autres étendues d'eau ?
L'histoire des migrations massives et forcées révèle bien souvent les volontés de domination et d'accaparement des grandes puissances économiques et leurs opérations d'influence géopolitique. Les mouvements échapatoires de populations actuels, conséquents aux bouleversements climatiques, relèvent des mêmes logiques et intentions.
Voilà dans quel état d'esprit je me retrouvais, en cet été 2016, à faire du tourisme sur cette magnifique et mythique île de la méditerranée.
Un touriste français bien loti incapable de faire abstraction de cette amère réalité. Bercé par le loisir de se débattre avec ses idéaux de solidarité internationale.
La beauté et le deuil chaque jour se télescopaient dans mon regard.
Toutes ces personnes en fuite, affrontant les eaux de la méditérannée dans l'espoir de vivre. Vivantes ou décédées, elles m'étaient invisibles.
Ressenti d' impuissance mélé à l'indécence de ma condition de vacancier.
Depuis ce séjour, l'amer est le premier goùt qui m'accompagne quand me vient le goùt du voyage, du déplacement. Ce n'est point un handicap.
Plutôt une mise au point. Un nouveau point d'appui. Un façon nouvelle d'appréhender chaque nouveau milieu où j'évolue.
Puisse ma façon de photographier échapper aux images douceureuses.
Informations annexes :
Le Projet Migrants Disparus de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) enregistre des incidents au cours desquels des migrants, quel que soit leur statut juridique, sont décédés aux frontières extérieures des États ou en cours de migration vers une destination internationale.
Ces données concernent uniquement les morts signalées. Il s’agit donc de données minimales sur la base de signalements émis par les gouvernements et par les bureaux locaux de l’OIM. Tous les chiffres restent donc sous-estimés.
Le 18 mars 2016 l'Union Européenne et la Turquie ont conclu un accord afin de mettre un coup d'arrêt à l'afflux de migrants vers l'Europe.
En termes quantitatifs, l’accord a abouti à des effets immédiats avec une réduction considérable des flux migratoires via la mer Egée à destination de la Grèce. En revanche, le nombre de traversées de la Méditerranée centrale, de la Libye vers l’Italie, a considérablement augmenté depuis.
L'UE s'engageait a accélérer le versement d'une aide de 3 milliards d'euros, déjà promise à la Turquie pour la prise en charge des 2,7 millions de réfugiés qu'elle été censée "accueillir". L'UE ouvrait aussi la porte à une nouvelle enveloppe du même montant avant la fin 2018.

Extrait série "Je suis un.e soultimbanque" O.Got-2015
En 1989 j’ai 20 ans. J’habite le milieu rural du sud-ouest de la france.
Dans le vase clos médiatique, c’est le bicentenaire de la révolution française qui prime, la figure imposée de cette année.
Je traîne ma carcasse de jeune adulte désabusé. Persuadé que le monde ne réservera plus de surprise du côté de l’émancipation et de la justice sociale. La révolution m’apparait comme une matière première pour la société du spectacle. La chute du mur de Berlin digérée par les médias est comme une mise en scène de cette conviction.
Un jour je vais au cinéma voir un film historique : La Soule de Michel Sibra.
C’est l’histoire d’une vengeance à l’époque des guerres napoléoniennes, au travers d’un jeu de balle réputé violent.
La soule est le nom donné à la balle et au jeu en lui-même. Ce jeu populaire traditionnel était très répandu en France jusqu’à la révolution française de 1789, puis plus résiduellement jusqu’au XIXème siècle.
J’ai joué au rugby de 10 à 18 ans dans un club d’une petite ville de 5000 habitans. J’étais curieux de découvrir ce vague ancêtre de mon sport de prédilection.
Ce fut le début d’une longue aventure transformatrice expérimentant les relations entre tradition et nouveauté tel que définit par Hugues Bazin : « La tradition n'est pas simplement la mise au présent d'éléments du passé mais la mise en oeuvre d'un travail de transformation à travers des processus de transmission »(Hugues Bazin, Note de travail sur Ateliers-résidences en quartiers populaires, Musique de Nuit Diffusion, Bordeaux, 1999)
La découverte de la soule grace à l’œuvre de fiction de Michel Sibra fait germer dans ma tête, et celles de la compagnie exponentielle qui en découla, l’idée d’une pratique contemporaine ludique de pleine nature, une forme culturelle d’utilité festive.
C’est comme une formule magique pour reprendre possession de ses désirs d’enfance. La soule permet de fausser compagnie aux places que l’on fait mine d’occuper dans la société raisonnable.
Cette néosoule s’avère être un tel catalyseur d’énergies et de créativité entre 1995 et 1997, qu’une association est créée (association La Soule) et donne naissance à la compagnie sociale informelle des soultimbanques (adhérents de l’association, joueuses et joueurs de soule).
Cette compagnie, dont peuvent aujourd’hui se réclamer plus de 500 personnes, a sillonné activement les campagnes du sud de la France jusqu’en 2015 avec des incursions en terre auvergnate, champenoise, normande.
Plongé dans ce vécu, il m’a fallu quelques années pour m’extraire de la mêlée et prendre une place de photographe. Je réalise des prises de vue argentiques entre 2000 et 2005.
Ce n’est qu’en 2014 que je décide de raconter cette aventure au travers du projet d’exposition collective Le facteur soule d’où sont extraites les photographies de cette série intitulée je suis un.e soultimbanque.
Qu'est ce que veut dire être soultimbanque ? Quel est donc ce jeu avec une balle de cuir en forme de grosse figue ? Pourquoi des hommes et des femmes font-ils le choix de se jeter dans la mêlée ainsi, de se jeter dans la boue, les taillis, courir à travers bois et prés ? Il semblerait que l'image de jeu de brutes qui colle à la soule soit sérieusement mise à mal par les soultimbanques depuis 1995. être soultimbanque c'est un engagement gratuit de soi afin de laisser de la place à l'imprévisible.
Dans le vase clos médiatique, c’est le bicentenaire de la révolution française qui prime, la figure imposée de cette année.
Je traîne ma carcasse de jeune adulte désabusé. Persuadé que le monde ne réservera plus de surprise du côté de l’émancipation et de la justice sociale. La révolution m’apparait comme une matière première pour la société du spectacle. La chute du mur de Berlin digérée par les médias est comme une mise en scène de cette conviction.
Un jour je vais au cinéma voir un film historique : La Soule de Michel Sibra.
C’est l’histoire d’une vengeance à l’époque des guerres napoléoniennes, au travers d’un jeu de balle réputé violent.
La soule est le nom donné à la balle et au jeu en lui-même. Ce jeu populaire traditionnel était très répandu en France jusqu’à la révolution française de 1789, puis plus résiduellement jusqu’au XIXème siècle.
J’ai joué au rugby de 10 à 18 ans dans un club d’une petite ville de 5000 habitans. J’étais curieux de découvrir ce vague ancêtre de mon sport de prédilection.
Ce fut le début d’une longue aventure transformatrice expérimentant les relations entre tradition et nouveauté tel que définit par Hugues Bazin : « La tradition n'est pas simplement la mise au présent d'éléments du passé mais la mise en oeuvre d'un travail de transformation à travers des processus de transmission »(Hugues Bazin, Note de travail sur Ateliers-résidences en quartiers populaires, Musique de Nuit Diffusion, Bordeaux, 1999)
La découverte de la soule grace à l’œuvre de fiction de Michel Sibra fait germer dans ma tête, et celles de la compagnie exponentielle qui en découla, l’idée d’une pratique contemporaine ludique de pleine nature, une forme culturelle d’utilité festive.
C’est comme une formule magique pour reprendre possession de ses désirs d’enfance. La soule permet de fausser compagnie aux places que l’on fait mine d’occuper dans la société raisonnable.
Cette néosoule s’avère être un tel catalyseur d’énergies et de créativité entre 1995 et 1997, qu’une association est créée (association La Soule) et donne naissance à la compagnie sociale informelle des soultimbanques (adhérents de l’association, joueuses et joueurs de soule).
Cette compagnie, dont peuvent aujourd’hui se réclamer plus de 500 personnes, a sillonné activement les campagnes du sud de la France jusqu’en 2015 avec des incursions en terre auvergnate, champenoise, normande.
Plongé dans ce vécu, il m’a fallu quelques années pour m’extraire de la mêlée et prendre une place de photographe. Je réalise des prises de vue argentiques entre 2000 et 2005.
Ce n’est qu’en 2014 que je décide de raconter cette aventure au travers du projet d’exposition collective Le facteur soule d’où sont extraites les photographies de cette série intitulée je suis un.e soultimbanque.
Qu'est ce que veut dire être soultimbanque ? Quel est donc ce jeu avec une balle de cuir en forme de grosse figue ? Pourquoi des hommes et des femmes font-ils le choix de se jeter dans la mêlée ainsi, de se jeter dans la boue, les taillis, courir à travers bois et prés ? Il semblerait que l'image de jeu de brutes qui colle à la soule soit sérieusement mise à mal par les soultimbanques depuis 1995. être soultimbanque c'est un engagement gratuit de soi afin de laisser de la place à l'imprévisible.

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Extrait série "Les oiseaux de la tempête" O.Got-2016
31 mai 2016, Bordeaux. Pendant que la cité du vin est inaugurée en grandes pompes avec Alain Juppé et François Hollande, le collectif luttes 33 bloque la rocade. Ce moment vécu raisonne en moi tout particulièrement avec la lecture du livre de Lola Lafon "Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce" dont le titre est extrait d'un poème de Voltairine de Cleyre pour le martyr August Spies, anarchiste exécuté en toute illégalité après les émeutes de Haymarket Square en 1887. Une jeunesse militante qui ne veut pas être là où on l'attend.

Extrait série "Cadre/Origine" O.Got-2018
Quel est le cadre de nos origines ? Quel est l'origine du cadre des images ?
Il est ici question d'abord du cadre en tant que milieu géographique et social mais aussi d'un jeu avec le cadre en tant qu'objet délimitant une image exposée.
Une mise en abyme du regard autour des processus d'assignation identitaire, d'essentialisation. Une introspection de l'acte photographique de cadrer qui à la fois simplifie, extrait, isole et en appelle au hors-champ, à l'ailleurs, le non-dit, non-vu, propose des relations complexes avec d'autres images, d'autres regards.
Je suis originaire d'une famille métisse de la Martinique. Ma grand-mère paternelle y est née en 1907 et est arrivée en métropole à l'âge de 18 ans. Jamais elle ne verbalisa ses origines métisses qu'elle se força de dissimuler toute sa vie, faisant appel sans le savoir aux tactiques du passing. Mon regard d'enfant maintes fois posé sur la photographie de famille prise en 1907 puis les explorations généalogiques menées par la suite ne laissent aucun doute sur la créolisation de notre famille. Tout par de ce cadre et y revient. Voilà l'origine de cette série photographique.
Il est ici question d'abord du cadre en tant que milieu géographique et social mais aussi d'un jeu avec le cadre en tant qu'objet délimitant une image exposée.
Une mise en abyme du regard autour des processus d'assignation identitaire, d'essentialisation. Une introspection de l'acte photographique de cadrer qui à la fois simplifie, extrait, isole et en appelle au hors-champ, à l'ailleurs, le non-dit, non-vu, propose des relations complexes avec d'autres images, d'autres regards.
Je suis originaire d'une famille métisse de la Martinique. Ma grand-mère paternelle y est née en 1907 et est arrivée en métropole à l'âge de 18 ans. Jamais elle ne verbalisa ses origines métisses qu'elle se força de dissimuler toute sa vie, faisant appel sans le savoir aux tactiques du passing. Mon regard d'enfant maintes fois posé sur la photographie de famille prise en 1907 puis les explorations généalogiques menées par la suite ne laissent aucun doute sur la créolisation de notre famille. Tout par de ce cadre et y revient. Voilà l'origine de cette série photographique.

Extrait série "saisir ce qui nous échappe" O-Got-2016
Nous sommes à Jedburgh. Ce jeudi 11 février 2016, c’est le jour du Jedhart handba’ et c’est aussi un peu le jour des fous. Traditionnellement, licence était donnée aux écoliers de la ville et tous les ouvriers avaient quartier libre. Toute la campagne environnante se pressait au spectacle du ba’ game. Aujourd’hui encore, les femmes cousent des rubans aux petites balles de cuir dur fourrées de mousse et de foin. Le joueur qui les leur rapportera obtiendra peut-être leurs faveurs. Ici le jeu n’a lieu qu’une fois l’an, le jeudi d’après le Mardi-Gras, parfois le jeudi suivant, en fonction d’un calendrier lunaire déterminé par un vieux proverbe local. On ne sait jamais sa date trop à l’avance, tellement le jeu échappe à toute logique apparente. Pourtant, on sait bien qu’il aura lieu, et suffisamment à l’avance on sait quel jour ce sera. On le sait, car il faut préparer les balles, qu’on lancera le moment venu à la mêlée pour commémorer les anniversaires de mariages.
Jedburgh est une petite ville tranquille de la région des Borders, au sud de l’Ecosse. Une ville tranquille, donc, mais une fois par an le jeu contredit cette idée. Une ville-frontière, aussi, et cette fois le jeu reflète bien cette idée. Le principe du jeu, c’est le combat de ceux du haut contre ceux du bas. L’opposition des principes du monde. Le haut contre le bas. L’hiver contre l’été. La nuit contre le jour. De midi à minuit s’il le faut. Jusqu’à la fin des balles dont les lancers égrènent les heures le jour du jeu. Jusqu’à la fin des temps.
Pour parvenir à Jedburgh, si l’on vient du nord et d’Edimbourg, il faut longer les murs du Duc de Buccleuch pendant plusieurs dizaines de miles. Si l’on vient du sud et d’Angleterre, c’est le mur d’Hadrien que l’on traverse. Géographie sensible. A l’arrivée, on est à la fois face au mur, au pied du mur, de l’autre côté du mur. Et pendant le temps du jeu il n’y a plus de murs. Les balles s’envolent par-dessus les murs. La rivière Jed, les façades des maisons des rues principales, les murs du Duc de Buccleuch et d’Hadrien projettent leurs ombres gigantesques et tournoient autour des joueurs emmêlés. Empoignade générale ! On part au quart de tour et on s’arc-boute pour ne pas contrarier le sens des murs, le sens du temps, le sens des heures passées à jouer, le sens du monde qui maintient les joueurs dans un chaos bien ordonné, à la fois entre les murs et au-delà des murs.
Les mythes locaux de Jedburgh, celui de l’Anglais honni, violeur de filles locales, dont on utilise la tête coupée en guise de ballon, celui du galant Prince de la jeunesse à la poitrine duquel on épingle un vert rameau de chêne, l’été, dans le parc de Ferniehirst, celui de la cavalcade victorieuse qui défend la communauté des ladres contrebandiers, tous ces mythes nous éloignent apparemment des rugosités du bitume et de la réalité brute du jeu. Comme si le chaos de la mêlée ne pouvait se satisfaire de lui-même et devait s’adosser à quelque explication rationnelle venue de l’extérieur. Ainsi, les mythes rationalisent ce que la mêlée touffue ne peut arriver à expliquer elle-même. Et pourtant, dans la mêlée, l’action transcende les mythes et n’a plus besoin d’eux. Le jeu rassemble l’enfance et l’âge adulte, les hommes et les femmes, les paysans et les bourgeois. Il a sa logique propre, une logique populaire insoumise aux règles de la raison d’Etat, une logique qui passe par le contact des corps, une logique qui construit des relations improbables entre les joueurs locaux et toute personne de passage prête à se jeter dans la mêlée.
Cette balle qui nous échappe, elle contient un fragment du monde. Chercher à la saisir, c’est chercher à comprendre ce qui se passe.
Laurent Sébastien Fournier,
Anthropologue, Professeur des Universités, Université Côte d'Azur.
Jedburgh est une petite ville tranquille de la région des Borders, au sud de l’Ecosse. Une ville tranquille, donc, mais une fois par an le jeu contredit cette idée. Une ville-frontière, aussi, et cette fois le jeu reflète bien cette idée. Le principe du jeu, c’est le combat de ceux du haut contre ceux du bas. L’opposition des principes du monde. Le haut contre le bas. L’hiver contre l’été. La nuit contre le jour. De midi à minuit s’il le faut. Jusqu’à la fin des balles dont les lancers égrènent les heures le jour du jeu. Jusqu’à la fin des temps.
Pour parvenir à Jedburgh, si l’on vient du nord et d’Edimbourg, il faut longer les murs du Duc de Buccleuch pendant plusieurs dizaines de miles. Si l’on vient du sud et d’Angleterre, c’est le mur d’Hadrien que l’on traverse. Géographie sensible. A l’arrivée, on est à la fois face au mur, au pied du mur, de l’autre côté du mur. Et pendant le temps du jeu il n’y a plus de murs. Les balles s’envolent par-dessus les murs. La rivière Jed, les façades des maisons des rues principales, les murs du Duc de Buccleuch et d’Hadrien projettent leurs ombres gigantesques et tournoient autour des joueurs emmêlés. Empoignade générale ! On part au quart de tour et on s’arc-boute pour ne pas contrarier le sens des murs, le sens du temps, le sens des heures passées à jouer, le sens du monde qui maintient les joueurs dans un chaos bien ordonné, à la fois entre les murs et au-delà des murs.
Les mythes locaux de Jedburgh, celui de l’Anglais honni, violeur de filles locales, dont on utilise la tête coupée en guise de ballon, celui du galant Prince de la jeunesse à la poitrine duquel on épingle un vert rameau de chêne, l’été, dans le parc de Ferniehirst, celui de la cavalcade victorieuse qui défend la communauté des ladres contrebandiers, tous ces mythes nous éloignent apparemment des rugosités du bitume et de la réalité brute du jeu. Comme si le chaos de la mêlée ne pouvait se satisfaire de lui-même et devait s’adosser à quelque explication rationnelle venue de l’extérieur. Ainsi, les mythes rationalisent ce que la mêlée touffue ne peut arriver à expliquer elle-même. Et pourtant, dans la mêlée, l’action transcende les mythes et n’a plus besoin d’eux. Le jeu rassemble l’enfance et l’âge adulte, les hommes et les femmes, les paysans et les bourgeois. Il a sa logique propre, une logique populaire insoumise aux règles de la raison d’Etat, une logique qui passe par le contact des corps, une logique qui construit des relations improbables entre les joueurs locaux et toute personne de passage prête à se jeter dans la mêlée.
Cette balle qui nous échappe, elle contient un fragment du monde. Chercher à la saisir, c’est chercher à comprendre ce qui se passe.
Laurent Sébastien Fournier,
Anthropologue, Professeur des Universités, Université Côte d'Azur.

Extrait de l'exposition "Entrez dans la grotte de Cussac" O-Got-2012
La grotte préhistorique de Cussac, découverte en septembre
2000 au sud de la vallée de la Dordogne, abrite des centaines de
gravures gravettiennes associées à des restes humains datant
de plus de 29 000 ans. Le calcaire tendre des parois a permis la
réalisation de gravures monumentales, rares pour cette période.
La présence d’un art pariétal et de témoignages du passage des
hommes et des animaux (traces de pas, mouchage de torches, etc.)
remarquablement bien préservés, font de cette grotte, un terrain
de recherche exceptionnel.
Depuis 2010, la grotte de Cussac fait l’objet d’une étude
interdisciplinaire menée par une trentaine de chercheurs au sein
d’un projet collectif de recherche (PCR) qui associe étroitement
l’élément culturel (les productions graphiques, les pratiques
funéraires) et l’élément naturel (le massif, la paroi), afin de répondre
aux exigences actuelles en matière de conservation, de protection
et de valorisation patrimoniale.
L’exposition « Entrez dans la grotte de Cussac » vous propose de découvrir les gravures pariétales
à travers les photographies réalisées par Norbert Aujoulat, ancien conservateur du Département d’art
pariétal au Centre National de Préhistoire, ainsi que le travail des chercheurs grâce aux clichés d’Olivier
Got, photographe de l’Université de Bordeaux.
Cette exposition a été conçue par le service Culture de l’Université de Bordeaux, Campus sciences
et technologies (Anne Lassègues, responsable du service Culture et Elsa Dorey, journaliste scientifique)
et le laboratoire PACEA, UMR 5199 CNRS-Université de Bordeaux-Ministère de la Culture et de la
Communication (commissaires scientifiques : Jacques Jaubert et Nathalie Fourment) en collaboration avec
le Pôle international de la Préhistoire et la Direction régionale des affaires culturelles – Aquitaine (DRAC).
2000 au sud de la vallée de la Dordogne, abrite des centaines de
gravures gravettiennes associées à des restes humains datant
de plus de 29 000 ans. Le calcaire tendre des parois a permis la
réalisation de gravures monumentales, rares pour cette période.
La présence d’un art pariétal et de témoignages du passage des
hommes et des animaux (traces de pas, mouchage de torches, etc.)
remarquablement bien préservés, font de cette grotte, un terrain
de recherche exceptionnel.
Depuis 2010, la grotte de Cussac fait l’objet d’une étude
interdisciplinaire menée par une trentaine de chercheurs au sein
d’un projet collectif de recherche (PCR) qui associe étroitement
l’élément culturel (les productions graphiques, les pratiques
funéraires) et l’élément naturel (le massif, la paroi), afin de répondre
aux exigences actuelles en matière de conservation, de protection
et de valorisation patrimoniale.
L’exposition « Entrez dans la grotte de Cussac » vous propose de découvrir les gravures pariétales
à travers les photographies réalisées par Norbert Aujoulat, ancien conservateur du Département d’art
pariétal au Centre National de Préhistoire, ainsi que le travail des chercheurs grâce aux clichés d’Olivier
Got, photographe de l’Université de Bordeaux.
Cette exposition a été conçue par le service Culture de l’Université de Bordeaux, Campus sciences
et technologies (Anne Lassègues, responsable du service Culture et Elsa Dorey, journaliste scientifique)
et le laboratoire PACEA, UMR 5199 CNRS-Université de Bordeaux-Ministère de la Culture et de la
Communication (commissaires scientifiques : Jacques Jaubert et Nathalie Fourment) en collaboration avec
le Pôle international de la Préhistoire et la Direction régionale des affaires culturelles – Aquitaine (DRAC).

Extrait de la série "Marre de la barbe à papa" O-Got- 2014
Août 2014 dans un airial Landais, un petit air forain pour les 40 ans de deux cousines.
David Pujadas n'ayant pas encore décrété que le patriarcat était derrière nous (JT du 29 mars 2017), l’indétrônable barbe à papa devait être balayée.
Alors que le soleil décline, portraits autour du stand "La moustache à maman".
La femme, en tant que phénomène de foire, est elle mieux à barbe ou à moustache ?
Le poil oblige-t-il au sérieux ? Ou comment l’auto dérision militante se joue de velus attributs.
David Pujadas n'ayant pas encore décrété que le patriarcat était derrière nous (JT du 29 mars 2017), l’indétrônable barbe à papa devait être balayée.
Alors que le soleil décline, portraits autour du stand "La moustache à maman".
La femme, en tant que phénomène de foire, est elle mieux à barbe ou à moustache ?
Le poil oblige-t-il au sérieux ? Ou comment l’auto dérision militante se joue de velus attributs.

Extrait de la série "L'amère méditerranée" O-Got-2016
En Aout 2016 je découvrais la Crète durant 3 semaines lors d'un voyage famillial où nous étions accueillis par des ami.e.s archéologues travaillant sur des fouilles archéologiques depuis 2005. Ces vacances exceptionnelles étaient un projet de longue date.
Ma joie initiale à la perspective de ce projet fit peu à peu place à un malaise devant l'actualité et les conséquences funestes des politiques migratoires européennes.
Le 18 mars 2016, François Hollande signe l'accord UE-Turquie malgré les alertes de Kenneth Roth , Directeur exécutif de Human Rights Watch.
C'est un consentement effectif à une politique perverse d'édification d'écueils mortifères entre les peuples d'europe et ceux du monde méditerranén, oriental, africain.
Je me retrouvais malgré moi engagé dans ce camp, comme des millions d'européens non consentants.
Outragé, où en était mon trajet ?
Depuis 2014, 25111 migrant.e.s sont mort.e.s ou disparu.e.s en Méditerranée alors qu’elles/ils tentaient d’atteindre les côtes de l’Europe. 5136 pour la seule année 2016 (OIM/Migrants disparus).
Plusieurs voix parlent de la méditerranée comme étant le plus grand cimetière de migrant.e.s.
J'y vois un cimetière marin de plus en plus massivement hanté, venant s'ajouter au cimetière atlantique, jonché d'esclaves du commerce triangulaire, migrant.e.s également, victimes de la toute puissance coloniale des états occidentaux. Et que savons-nous vraiment des fonds de toutes les autres étendues d'eau ?
L'histoire des migrations massives et forcées révèle bien souvent les volontés de domination et d'accaparement des grandes puissances économiques et leurs opérations d'influence géopolitique. Les mouvements échapatoires de populations actuels, conséquents aux bouleversements climatiques, relèvent des mêmes logiques et intentions.
Voilà dans quel état d'esprit je me retrouvais, en cet été 2016, à faire du tourisme sur cette magnifique et mythique île de la méditerranée.
Un touriste français bien loti incapable de faire abstraction de cette amère réalité. Bercé par le loisir de se débattre avec ses idéaux de solidarité internationale.
La beauté et le deuil chaque jour se télescopaient dans mon regard.
Toutes ces personnes en fuite, affrontant les eaux de la méditérannée dans l'espoir de vivre. Vivantes ou décédées, elles m'étaient invisibles.
Ressenti d' impuissance mélé à l'indécence de ma condition de vacancier.
Depuis ce séjour, l'amer est le premier goùt qui m'accompagne quand me vient le goùt du voyage, du déplacement. Ce n'est point un handicap.
Plutôt une mise au point. Un nouveau point d'appui. Un façon nouvelle d'appréhender chaque nouveau milieu où j'évolue.
Puisse ma façon de photographier échapper aux images douceureuses.
Informations annexes :
Le Projet Migrants Disparus de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) enregistre des incidents au cours desquels des migrants, quel que soit leur statut juridique, sont décédés aux frontières extérieures des États ou en cours de migration vers une destination internationale.
Ces données concernent uniquement les morts signalées. Il s’agit donc de données minimales sur la base de signalements émis par les gouvernements et par les bureaux locaux de l’OIM. Tous les chiffres restent donc sous-estimés.
Le 18 mars 2016 l'Union Européenne et la Turquie ont conclu un accord afin de mettre un coup d'arrêt à l'afflux de migrants vers l'Europe.
En termes quantitatifs, l’accord a abouti à des effets immédiats avec une réduction considérable des flux migratoires via la mer Egée à destination de la Grèce. En revanche, le nombre de traversées de la Méditerranée centrale, de la Libye vers l’Italie, a considérablement augmenté depuis.
L'UE s'engageait a accélérer le versement d'une aide de 3 milliards d'euros, déjà promise à la Turquie pour la prise en charge des 2,7 millions de réfugiés qu'elle été censée "accueillir". L'UE ouvrait aussi la porte à une nouvelle enveloppe du même montant avant la fin 2018.
Ma joie initiale à la perspective de ce projet fit peu à peu place à un malaise devant l'actualité et les conséquences funestes des politiques migratoires européennes.
Le 18 mars 2016, François Hollande signe l'accord UE-Turquie malgré les alertes de Kenneth Roth , Directeur exécutif de Human Rights Watch.
C'est un consentement effectif à une politique perverse d'édification d'écueils mortifères entre les peuples d'europe et ceux du monde méditerranén, oriental, africain.
Je me retrouvais malgré moi engagé dans ce camp, comme des millions d'européens non consentants.
Outragé, où en était mon trajet ?
Depuis 2014, 25111 migrant.e.s sont mort.e.s ou disparu.e.s en Méditerranée alors qu’elles/ils tentaient d’atteindre les côtes de l’Europe. 5136 pour la seule année 2016 (OIM/Migrants disparus).
Plusieurs voix parlent de la méditerranée comme étant le plus grand cimetière de migrant.e.s.
J'y vois un cimetière marin de plus en plus massivement hanté, venant s'ajouter au cimetière atlantique, jonché d'esclaves du commerce triangulaire, migrant.e.s également, victimes de la toute puissance coloniale des états occidentaux. Et que savons-nous vraiment des fonds de toutes les autres étendues d'eau ?
L'histoire des migrations massives et forcées révèle bien souvent les volontés de domination et d'accaparement des grandes puissances économiques et leurs opérations d'influence géopolitique. Les mouvements échapatoires de populations actuels, conséquents aux bouleversements climatiques, relèvent des mêmes logiques et intentions.
Voilà dans quel état d'esprit je me retrouvais, en cet été 2016, à faire du tourisme sur cette magnifique et mythique île de la méditerranée.
Un touriste français bien loti incapable de faire abstraction de cette amère réalité. Bercé par le loisir de se débattre avec ses idéaux de solidarité internationale.
La beauté et le deuil chaque jour se télescopaient dans mon regard.
Toutes ces personnes en fuite, affrontant les eaux de la méditérannée dans l'espoir de vivre. Vivantes ou décédées, elles m'étaient invisibles.
Ressenti d' impuissance mélé à l'indécence de ma condition de vacancier.
Depuis ce séjour, l'amer est le premier goùt qui m'accompagne quand me vient le goùt du voyage, du déplacement. Ce n'est point un handicap.
Plutôt une mise au point. Un nouveau point d'appui. Un façon nouvelle d'appréhender chaque nouveau milieu où j'évolue.
Puisse ma façon de photographier échapper aux images douceureuses.
Informations annexes :
Le Projet Migrants Disparus de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) enregistre des incidents au cours desquels des migrants, quel que soit leur statut juridique, sont décédés aux frontières extérieures des États ou en cours de migration vers une destination internationale.
Ces données concernent uniquement les morts signalées. Il s’agit donc de données minimales sur la base de signalements émis par les gouvernements et par les bureaux locaux de l’OIM. Tous les chiffres restent donc sous-estimés.
Le 18 mars 2016 l'Union Européenne et la Turquie ont conclu un accord afin de mettre un coup d'arrêt à l'afflux de migrants vers l'Europe.
En termes quantitatifs, l’accord a abouti à des effets immédiats avec une réduction considérable des flux migratoires via la mer Egée à destination de la Grèce. En revanche, le nombre de traversées de la Méditerranée centrale, de la Libye vers l’Italie, a considérablement augmenté depuis.
L'UE s'engageait a accélérer le versement d'une aide de 3 milliards d'euros, déjà promise à la Turquie pour la prise en charge des 2,7 millions de réfugiés qu'elle été censée "accueillir". L'UE ouvrait aussi la porte à une nouvelle enveloppe du même montant avant la fin 2018.

Extrait série "Je suis un.e soultimbanque" O.Got-2015
En 1989 j’ai 20 ans. J’habite le milieu rural du sud-ouest de la france.
Dans le vase clos médiatique, c’est le bicentenaire de la révolution française qui prime, la figure imposée de cette année.
Je traîne ma carcasse de jeune adulte désabusé. Persuadé que le monde ne réservera plus de surprise du côté de l’émancipation et de la justice sociale. La révolution m’apparait comme une matière première pour la société du spectacle. La chute du mur de Berlin digérée par les médias est comme une mise en scène de cette conviction.
Un jour je vais au cinéma voir un film historique : La Soule de Michel Sibra.
C’est l’histoire d’une vengeance à l’époque des guerres napoléoniennes, au travers d’un jeu de balle réputé violent.
La soule est le nom donné à la balle et au jeu en lui-même. Ce jeu populaire traditionnel était très répandu en France jusqu’à la révolution française de 1789, puis plus résiduellement jusqu’au XIXème siècle.
J’ai joué au rugby de 10 à 18 ans dans un club d’une petite ville de 5000 habitans. J’étais curieux de découvrir ce vague ancêtre de mon sport de prédilection.
Ce fut le début d’une longue aventure transformatrice expérimentant les relations entre tradition et nouveauté tel que définit par Hugues Bazin : « La tradition n'est pas simplement la mise au présent d'éléments du passé mais la mise en oeuvre d'un travail de transformation à travers des processus de transmission »(Hugues Bazin, Note de travail sur Ateliers-résidences en quartiers populaires, Musique de Nuit Diffusion, Bordeaux, 1999)
La découverte de la soule grace à l’œuvre de fiction de Michel Sibra fait germer dans ma tête, et celles de la compagnie exponentielle qui en découla, l’idée d’une pratique contemporaine ludique de pleine nature, une forme culturelle d’utilité festive.
C’est comme une formule magique pour reprendre possession de ses désirs d’enfance. La soule permet de fausser compagnie aux places que l’on fait mine d’occuper dans la société raisonnable.
Cette néosoule s’avère être un tel catalyseur d’énergies et de créativité entre 1995 et 1997, qu’une association est créée (association La Soule) et donne naissance à la compagnie sociale informelle des soultimbanques (adhérents de l’association, joueuses et joueurs de soule).
Cette compagnie, dont peuvent aujourd’hui se réclamer plus de 500 personnes, a sillonné activement les campagnes du sud de la France jusqu’en 2015 avec des incursions en terre auvergnate, champenoise, normande.
Plongé dans ce vécu, il m’a fallu quelques années pour m’extraire de la mêlée et prendre une place de photographe. Je réalise des prises de vue argentiques entre 2000 et 2005.
Ce n’est qu’en 2014 que je décide de raconter cette aventure au travers du projet d’exposition collective Le facteur soule d’où sont extraites les photographies de cette série intitulée je suis un.e soultimbanque.
Qu'est ce que veut dire être soultimbanque ? Quel est donc ce jeu avec une balle de cuir en forme de grosse figue ? Pourquoi des hommes et des femmes font-ils le choix de se jeter dans la mêlée ainsi, de se jeter dans la boue, les taillis, courir à travers bois et prés ? Il semblerait que l'image de jeu de brutes qui colle à la soule soit sérieusement mise à mal par les soultimbanques depuis 1995. être soultimbanque c'est un engagement gratuit de soi afin de laisser de la place à l'imprévisible.
Dans le vase clos médiatique, c’est le bicentenaire de la révolution française qui prime, la figure imposée de cette année.
Je traîne ma carcasse de jeune adulte désabusé. Persuadé que le monde ne réservera plus de surprise du côté de l’émancipation et de la justice sociale. La révolution m’apparait comme une matière première pour la société du spectacle. La chute du mur de Berlin digérée par les médias est comme une mise en scène de cette conviction.
Un jour je vais au cinéma voir un film historique : La Soule de Michel Sibra.
C’est l’histoire d’une vengeance à l’époque des guerres napoléoniennes, au travers d’un jeu de balle réputé violent.
La soule est le nom donné à la balle et au jeu en lui-même. Ce jeu populaire traditionnel était très répandu en France jusqu’à la révolution française de 1789, puis plus résiduellement jusqu’au XIXème siècle.
J’ai joué au rugby de 10 à 18 ans dans un club d’une petite ville de 5000 habitans. J’étais curieux de découvrir ce vague ancêtre de mon sport de prédilection.
Ce fut le début d’une longue aventure transformatrice expérimentant les relations entre tradition et nouveauté tel que définit par Hugues Bazin : « La tradition n'est pas simplement la mise au présent d'éléments du passé mais la mise en oeuvre d'un travail de transformation à travers des processus de transmission »(Hugues Bazin, Note de travail sur Ateliers-résidences en quartiers populaires, Musique de Nuit Diffusion, Bordeaux, 1999)
La découverte de la soule grace à l’œuvre de fiction de Michel Sibra fait germer dans ma tête, et celles de la compagnie exponentielle qui en découla, l’idée d’une pratique contemporaine ludique de pleine nature, une forme culturelle d’utilité festive.
C’est comme une formule magique pour reprendre possession de ses désirs d’enfance. La soule permet de fausser compagnie aux places que l’on fait mine d’occuper dans la société raisonnable.
Cette néosoule s’avère être un tel catalyseur d’énergies et de créativité entre 1995 et 1997, qu’une association est créée (association La Soule) et donne naissance à la compagnie sociale informelle des soultimbanques (adhérents de l’association, joueuses et joueurs de soule).
Cette compagnie, dont peuvent aujourd’hui se réclamer plus de 500 personnes, a sillonné activement les campagnes du sud de la France jusqu’en 2015 avec des incursions en terre auvergnate, champenoise, normande.
Plongé dans ce vécu, il m’a fallu quelques années pour m’extraire de la mêlée et prendre une place de photographe. Je réalise des prises de vue argentiques entre 2000 et 2005.
Ce n’est qu’en 2014 que je décide de raconter cette aventure au travers du projet d’exposition collective Le facteur soule d’où sont extraites les photographies de cette série intitulée je suis un.e soultimbanque.
Qu'est ce que veut dire être soultimbanque ? Quel est donc ce jeu avec une balle de cuir en forme de grosse figue ? Pourquoi des hommes et des femmes font-ils le choix de se jeter dans la mêlée ainsi, de se jeter dans la boue, les taillis, courir à travers bois et prés ? Il semblerait que l'image de jeu de brutes qui colle à la soule soit sérieusement mise à mal par les soultimbanques depuis 1995. être soultimbanque c'est un engagement gratuit de soi afin de laisser de la place à l'imprévisible.

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Extrait série "Les oiseaux de la tempête" O.Got-2016
31 mai 2016, Bordeaux. Pendant que la cité du vin est inaugurée en grandes pompes avec Alain Juppé et François Hollande, le collectif luttes 33 bloque la rocade. Ce moment vécu raisonne en moi tout particulièrement avec la lecture du livre de Lola Lafon "Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce" dont le titre est extrait d'un poème de Voltairine de Cleyre pour le martyr August Spies, anarchiste exécuté en toute illégalité après les émeutes de Haymarket Square en 1887. Une jeunesse militante qui ne veut pas être là où on l'attend.

Extrait série "Cadre/Origine" O.Got-2018
Quel est le cadre de nos origines ? Quel est l'origine du cadre des images ?
Il est ici question d'abord du cadre en tant que milieu géographique et social mais aussi d'un jeu avec le cadre en tant qu'objet délimitant une image exposée.
Une mise en abyme du regard autour des processus d'assignation identitaire, d'essentialisation. Une introspection de l'acte photographique de cadrer qui à la fois simplifie, extrait, isole et en appelle au hors-champ, à l'ailleurs, le non-dit, non-vu, propose des relations complexes avec d'autres images, d'autres regards.
Je suis originaire d'une famille métisse de la Martinique. Ma grand-mère paternelle y est née en 1907 et est arrivée en métropole à l'âge de 18 ans. Jamais elle ne verbalisa ses origines métisses qu'elle se força de dissimuler toute sa vie, faisant appel sans le savoir aux tactiques du passing. Mon regard d'enfant maintes fois posé sur la photographie de famille prise en 1907 puis les explorations généalogiques menées par la suite ne laissent aucun doute sur la créolisation de notre famille. Tout par de ce cadre et y revient. Voilà l'origine de cette série photographique.
Il est ici question d'abord du cadre en tant que milieu géographique et social mais aussi d'un jeu avec le cadre en tant qu'objet délimitant une image exposée.
Une mise en abyme du regard autour des processus d'assignation identitaire, d'essentialisation. Une introspection de l'acte photographique de cadrer qui à la fois simplifie, extrait, isole et en appelle au hors-champ, à l'ailleurs, le non-dit, non-vu, propose des relations complexes avec d'autres images, d'autres regards.
Je suis originaire d'une famille métisse de la Martinique. Ma grand-mère paternelle y est née en 1907 et est arrivée en métropole à l'âge de 18 ans. Jamais elle ne verbalisa ses origines métisses qu'elle se força de dissimuler toute sa vie, faisant appel sans le savoir aux tactiques du passing. Mon regard d'enfant maintes fois posé sur la photographie de famille prise en 1907 puis les explorations généalogiques menées par la suite ne laissent aucun doute sur la créolisation de notre famille. Tout par de ce cadre et y revient. Voilà l'origine de cette série photographique.

Extrait série "saisir ce qui nous échappe" O-Got-2016
Nous sommes à Jedburgh. Ce jeudi 11 février 2016, c’est le jour du Jedhart handba’ et c’est aussi un peu le jour des fous. Traditionnellement, licence était donnée aux écoliers de la ville et tous les ouvriers avaient quartier libre. Toute la campagne environnante se pressait au spectacle du ba’ game. Aujourd’hui encore, les femmes cousent des rubans aux petites balles de cuir dur fourrées de mousse et de foin. Le joueur qui les leur rapportera obtiendra peut-être leurs faveurs. Ici le jeu n’a lieu qu’une fois l’an, le jeudi d’après le Mardi-Gras, parfois le jeudi suivant, en fonction d’un calendrier lunaire déterminé par un vieux proverbe local. On ne sait jamais sa date trop à l’avance, tellement le jeu échappe à toute logique apparente. Pourtant, on sait bien qu’il aura lieu, et suffisamment à l’avance on sait quel jour ce sera. On le sait, car il faut préparer les balles, qu’on lancera le moment venu à la mêlée pour commémorer les anniversaires de mariages.
Jedburgh est une petite ville tranquille de la région des Borders, au sud de l’Ecosse. Une ville tranquille, donc, mais une fois par an le jeu contredit cette idée. Une ville-frontière, aussi, et cette fois le jeu reflète bien cette idée. Le principe du jeu, c’est le combat de ceux du haut contre ceux du bas. L’opposition des principes du monde. Le haut contre le bas. L’hiver contre l’été. La nuit contre le jour. De midi à minuit s’il le faut. Jusqu’à la fin des balles dont les lancers égrènent les heures le jour du jeu. Jusqu’à la fin des temps.
Pour parvenir à Jedburgh, si l’on vient du nord et d’Edimbourg, il faut longer les murs du Duc de Buccleuch pendant plusieurs dizaines de miles. Si l’on vient du sud et d’Angleterre, c’est le mur d’Hadrien que l’on traverse. Géographie sensible. A l’arrivée, on est à la fois face au mur, au pied du mur, de l’autre côté du mur. Et pendant le temps du jeu il n’y a plus de murs. Les balles s’envolent par-dessus les murs. La rivière Jed, les façades des maisons des rues principales, les murs du Duc de Buccleuch et d’Hadrien projettent leurs ombres gigantesques et tournoient autour des joueurs emmêlés. Empoignade générale ! On part au quart de tour et on s’arc-boute pour ne pas contrarier le sens des murs, le sens du temps, le sens des heures passées à jouer, le sens du monde qui maintient les joueurs dans un chaos bien ordonné, à la fois entre les murs et au-delà des murs.
Les mythes locaux de Jedburgh, celui de l’Anglais honni, violeur de filles locales, dont on utilise la tête coupée en guise de ballon, celui du galant Prince de la jeunesse à la poitrine duquel on épingle un vert rameau de chêne, l’été, dans le parc de Ferniehirst, celui de la cavalcade victorieuse qui défend la communauté des ladres contrebandiers, tous ces mythes nous éloignent apparemment des rugosités du bitume et de la réalité brute du jeu. Comme si le chaos de la mêlée ne pouvait se satisfaire de lui-même et devait s’adosser à quelque explication rationnelle venue de l’extérieur. Ainsi, les mythes rationalisent ce que la mêlée touffue ne peut arriver à expliquer elle-même. Et pourtant, dans la mêlée, l’action transcende les mythes et n’a plus besoin d’eux. Le jeu rassemble l’enfance et l’âge adulte, les hommes et les femmes, les paysans et les bourgeois. Il a sa logique propre, une logique populaire insoumise aux règles de la raison d’Etat, une logique qui passe par le contact des corps, une logique qui construit des relations improbables entre les joueurs locaux et toute personne de passage prête à se jeter dans la mêlée.
Cette balle qui nous échappe, elle contient un fragment du monde. Chercher à la saisir, c’est chercher à comprendre ce qui se passe.
Laurent Sébastien Fournier,
Anthropologue, Professeur des Universités, Université Côte d'Azur.
Jedburgh est une petite ville tranquille de la région des Borders, au sud de l’Ecosse. Une ville tranquille, donc, mais une fois par an le jeu contredit cette idée. Une ville-frontière, aussi, et cette fois le jeu reflète bien cette idée. Le principe du jeu, c’est le combat de ceux du haut contre ceux du bas. L’opposition des principes du monde. Le haut contre le bas. L’hiver contre l’été. La nuit contre le jour. De midi à minuit s’il le faut. Jusqu’à la fin des balles dont les lancers égrènent les heures le jour du jeu. Jusqu’à la fin des temps.
Pour parvenir à Jedburgh, si l’on vient du nord et d’Edimbourg, il faut longer les murs du Duc de Buccleuch pendant plusieurs dizaines de miles. Si l’on vient du sud et d’Angleterre, c’est le mur d’Hadrien que l’on traverse. Géographie sensible. A l’arrivée, on est à la fois face au mur, au pied du mur, de l’autre côté du mur. Et pendant le temps du jeu il n’y a plus de murs. Les balles s’envolent par-dessus les murs. La rivière Jed, les façades des maisons des rues principales, les murs du Duc de Buccleuch et d’Hadrien projettent leurs ombres gigantesques et tournoient autour des joueurs emmêlés. Empoignade générale ! On part au quart de tour et on s’arc-boute pour ne pas contrarier le sens des murs, le sens du temps, le sens des heures passées à jouer, le sens du monde qui maintient les joueurs dans un chaos bien ordonné, à la fois entre les murs et au-delà des murs.
Les mythes locaux de Jedburgh, celui de l’Anglais honni, violeur de filles locales, dont on utilise la tête coupée en guise de ballon, celui du galant Prince de la jeunesse à la poitrine duquel on épingle un vert rameau de chêne, l’été, dans le parc de Ferniehirst, celui de la cavalcade victorieuse qui défend la communauté des ladres contrebandiers, tous ces mythes nous éloignent apparemment des rugosités du bitume et de la réalité brute du jeu. Comme si le chaos de la mêlée ne pouvait se satisfaire de lui-même et devait s’adosser à quelque explication rationnelle venue de l’extérieur. Ainsi, les mythes rationalisent ce que la mêlée touffue ne peut arriver à expliquer elle-même. Et pourtant, dans la mêlée, l’action transcende les mythes et n’a plus besoin d’eux. Le jeu rassemble l’enfance et l’âge adulte, les hommes et les femmes, les paysans et les bourgeois. Il a sa logique propre, une logique populaire insoumise aux règles de la raison d’Etat, une logique qui passe par le contact des corps, une logique qui construit des relations improbables entre les joueurs locaux et toute personne de passage prête à se jeter dans la mêlée.
Cette balle qui nous échappe, elle contient un fragment du monde. Chercher à la saisir, c’est chercher à comprendre ce qui se passe.
Laurent Sébastien Fournier,
Anthropologue, Professeur des Universités, Université Côte d'Azur.

Extrait de l'exposition "Entrez dans la grotte de Cussac" O-Got-2012
La grotte préhistorique de Cussac, découverte en septembre
2000 au sud de la vallée de la Dordogne, abrite des centaines de
gravures gravettiennes associées à des restes humains datant
de plus de 29 000 ans. Le calcaire tendre des parois a permis la
réalisation de gravures monumentales, rares pour cette période.
La présence d’un art pariétal et de témoignages du passage des
hommes et des animaux (traces de pas, mouchage de torches, etc.)
remarquablement bien préservés, font de cette grotte, un terrain
de recherche exceptionnel.
Depuis 2010, la grotte de Cussac fait l’objet d’une étude
interdisciplinaire menée par une trentaine de chercheurs au sein
d’un projet collectif de recherche (PCR) qui associe étroitement
l’élément culturel (les productions graphiques, les pratiques
funéraires) et l’élément naturel (le massif, la paroi), afin de répondre
aux exigences actuelles en matière de conservation, de protection
et de valorisation patrimoniale.
L’exposition « Entrez dans la grotte de Cussac » vous propose de découvrir les gravures pariétales
à travers les photographies réalisées par Norbert Aujoulat, ancien conservateur du Département d’art
pariétal au Centre National de Préhistoire, ainsi que le travail des chercheurs grâce aux clichés d’Olivier
Got, photographe de l’Université de Bordeaux.
Cette exposition a été conçue par le service Culture de l’Université de Bordeaux, Campus sciences
et technologies (Anne Lassègues, responsable du service Culture et Elsa Dorey, journaliste scientifique)
et le laboratoire PACEA, UMR 5199 CNRS-Université de Bordeaux-Ministère de la Culture et de la
Communication (commissaires scientifiques : Jacques Jaubert et Nathalie Fourment) en collaboration avec
le Pôle international de la Préhistoire et la Direction régionale des affaires culturelles – Aquitaine (DRAC).
2000 au sud de la vallée de la Dordogne, abrite des centaines de
gravures gravettiennes associées à des restes humains datant
de plus de 29 000 ans. Le calcaire tendre des parois a permis la
réalisation de gravures monumentales, rares pour cette période.
La présence d’un art pariétal et de témoignages du passage des
hommes et des animaux (traces de pas, mouchage de torches, etc.)
remarquablement bien préservés, font de cette grotte, un terrain
de recherche exceptionnel.
Depuis 2010, la grotte de Cussac fait l’objet d’une étude
interdisciplinaire menée par une trentaine de chercheurs au sein
d’un projet collectif de recherche (PCR) qui associe étroitement
l’élément culturel (les productions graphiques, les pratiques
funéraires) et l’élément naturel (le massif, la paroi), afin de répondre
aux exigences actuelles en matière de conservation, de protection
et de valorisation patrimoniale.
L’exposition « Entrez dans la grotte de Cussac » vous propose de découvrir les gravures pariétales
à travers les photographies réalisées par Norbert Aujoulat, ancien conservateur du Département d’art
pariétal au Centre National de Préhistoire, ainsi que le travail des chercheurs grâce aux clichés d’Olivier
Got, photographe de l’Université de Bordeaux.
Cette exposition a été conçue par le service Culture de l’Université de Bordeaux, Campus sciences
et technologies (Anne Lassègues, responsable du service Culture et Elsa Dorey, journaliste scientifique)
et le laboratoire PACEA, UMR 5199 CNRS-Université de Bordeaux-Ministère de la Culture et de la
Communication (commissaires scientifiques : Jacques Jaubert et Nathalie Fourment) en collaboration avec
le Pôle international de la Préhistoire et la Direction régionale des affaires culturelles – Aquitaine (DRAC).

Extrait de la série "Marre de la barbe à papa" O-Got- 2014
Août 2014 dans un airial Landais, un petit air forain pour les 40 ans de deux cousines.
David Pujadas n'ayant pas encore décrété que le patriarcat était derrière nous (JT du 29 mars 2017), l’indétrônable barbe à papa devait être balayée.
Alors que le soleil décline, portraits autour du stand "La moustache à maman".
La femme, en tant que phénomène de foire, est elle mieux à barbe ou à moustache ?
Le poil oblige-t-il au sérieux ? Ou comment l’auto dérision militante se joue de velus attributs.
David Pujadas n'ayant pas encore décrété que le patriarcat était derrière nous (JT du 29 mars 2017), l’indétrônable barbe à papa devait être balayée.
Alors que le soleil décline, portraits autour du stand "La moustache à maman".
La femme, en tant que phénomène de foire, est elle mieux à barbe ou à moustache ?
Le poil oblige-t-il au sérieux ? Ou comment l’auto dérision militante se joue de velus attributs.

Extrait de la série "L'amère méditerranée" O-Got-2016
En Aout 2016 je découvrais la Crète durant 3 semaines lors d'un voyage famillial où nous étions accueillis par des ami.e.s archéologues travaillant sur des fouilles archéologiques depuis 2005. Ces vacances exceptionnelles étaient un projet de longue date.
Ma joie initiale à la perspective de ce projet fit peu à peu place à un malaise devant l'actualité et les conséquences funestes des politiques migratoires européennes.
Le 18 mars 2016, François Hollande signe l'accord UE-Turquie malgré les alertes de Kenneth Roth , Directeur exécutif de Human Rights Watch.
C'est un consentement effectif à une politique perverse d'édification d'écueils mortifères entre les peuples d'europe et ceux du monde méditerranén, oriental, africain.
Je me retrouvais malgré moi engagé dans ce camp, comme des millions d'européens non consentants.
Outragé, où en était mon trajet ?
Depuis 2014, 25111 migrant.e.s sont mort.e.s ou disparu.e.s en Méditerranée alors qu’elles/ils tentaient d’atteindre les côtes de l’Europe. 5136 pour la seule année 2016 (OIM/Migrants disparus).
Plusieurs voix parlent de la méditerranée comme étant le plus grand cimetière de migrant.e.s.
J'y vois un cimetière marin de plus en plus massivement hanté, venant s'ajouter au cimetière atlantique, jonché d'esclaves du commerce triangulaire, migrant.e.s également, victimes de la toute puissance coloniale des états occidentaux. Et que savons-nous vraiment des fonds de toutes les autres étendues d'eau ?
L'histoire des migrations massives et forcées révèle bien souvent les volontés de domination et d'accaparement des grandes puissances économiques et leurs opérations d'influence géopolitique. Les mouvements échapatoires de populations actuels, conséquents aux bouleversements climatiques, relèvent des mêmes logiques et intentions.
Voilà dans quel état d'esprit je me retrouvais, en cet été 2016, à faire du tourisme sur cette magnifique et mythique île de la méditerranée.
Un touriste français bien loti incapable de faire abstraction de cette amère réalité. Bercé par le loisir de se débattre avec ses idéaux de solidarité internationale.
La beauté et le deuil chaque jour se télescopaient dans mon regard.
Toutes ces personnes en fuite, affrontant les eaux de la méditérannée dans l'espoir de vivre. Vivantes ou décédées, elles m'étaient invisibles.
Ressenti d' impuissance mélé à l'indécence de ma condition de vacancier.
Depuis ce séjour, l'amer est le premier goùt qui m'accompagne quand me vient le goùt du voyage, du déplacement. Ce n'est point un handicap.
Plutôt une mise au point. Un nouveau point d'appui. Un façon nouvelle d'appréhender chaque nouveau milieu où j'évolue.
Puisse ma façon de photographier échapper aux images douceureuses.
Informations annexes :
Le Projet Migrants Disparus de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) enregistre des incidents au cours desquels des migrants, quel que soit leur statut juridique, sont décédés aux frontières extérieures des États ou en cours de migration vers une destination internationale.
Ces données concernent uniquement les morts signalées. Il s’agit donc de données minimales sur la base de signalements émis par les gouvernements et par les bureaux locaux de l’OIM. Tous les chiffres restent donc sous-estimés.
Le 18 mars 2016 l'Union Européenne et la Turquie ont conclu un accord afin de mettre un coup d'arrêt à l'afflux de migrants vers l'Europe.
En termes quantitatifs, l’accord a abouti à des effets immédiats avec une réduction considérable des flux migratoires via la mer Egée à destination de la Grèce. En revanche, le nombre de traversées de la Méditerranée centrale, de la Libye vers l’Italie, a considérablement augmenté depuis.
L'UE s'engageait a accélérer le versement d'une aide de 3 milliards d'euros, déjà promise à la Turquie pour la prise en charge des 2,7 millions de réfugiés qu'elle été censée "accueillir". L'UE ouvrait aussi la porte à une nouvelle enveloppe du même montant avant la fin 2018.
Ma joie initiale à la perspective de ce projet fit peu à peu place à un malaise devant l'actualité et les conséquences funestes des politiques migratoires européennes.
Le 18 mars 2016, François Hollande signe l'accord UE-Turquie malgré les alertes de Kenneth Roth , Directeur exécutif de Human Rights Watch.
C'est un consentement effectif à une politique perverse d'édification d'écueils mortifères entre les peuples d'europe et ceux du monde méditerranén, oriental, africain.
Je me retrouvais malgré moi engagé dans ce camp, comme des millions d'européens non consentants.
Outragé, où en était mon trajet ?
Depuis 2014, 25111 migrant.e.s sont mort.e.s ou disparu.e.s en Méditerranée alors qu’elles/ils tentaient d’atteindre les côtes de l’Europe. 5136 pour la seule année 2016 (OIM/Migrants disparus).
Plusieurs voix parlent de la méditerranée comme étant le plus grand cimetière de migrant.e.s.
J'y vois un cimetière marin de plus en plus massivement hanté, venant s'ajouter au cimetière atlantique, jonché d'esclaves du commerce triangulaire, migrant.e.s également, victimes de la toute puissance coloniale des états occidentaux. Et que savons-nous vraiment des fonds de toutes les autres étendues d'eau ?
L'histoire des migrations massives et forcées révèle bien souvent les volontés de domination et d'accaparement des grandes puissances économiques et leurs opérations d'influence géopolitique. Les mouvements échapatoires de populations actuels, conséquents aux bouleversements climatiques, relèvent des mêmes logiques et intentions.
Voilà dans quel état d'esprit je me retrouvais, en cet été 2016, à faire du tourisme sur cette magnifique et mythique île de la méditerranée.
Un touriste français bien loti incapable de faire abstraction de cette amère réalité. Bercé par le loisir de se débattre avec ses idéaux de solidarité internationale.
La beauté et le deuil chaque jour se télescopaient dans mon regard.
Toutes ces personnes en fuite, affrontant les eaux de la méditérannée dans l'espoir de vivre. Vivantes ou décédées, elles m'étaient invisibles.
Ressenti d' impuissance mélé à l'indécence de ma condition de vacancier.
Depuis ce séjour, l'amer est le premier goùt qui m'accompagne quand me vient le goùt du voyage, du déplacement. Ce n'est point un handicap.
Plutôt une mise au point. Un nouveau point d'appui. Un façon nouvelle d'appréhender chaque nouveau milieu où j'évolue.
Puisse ma façon de photographier échapper aux images douceureuses.
Informations annexes :
Le Projet Migrants Disparus de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) enregistre des incidents au cours desquels des migrants, quel que soit leur statut juridique, sont décédés aux frontières extérieures des États ou en cours de migration vers une destination internationale.
Ces données concernent uniquement les morts signalées. Il s’agit donc de données minimales sur la base de signalements émis par les gouvernements et par les bureaux locaux de l’OIM. Tous les chiffres restent donc sous-estimés.
Le 18 mars 2016 l'Union Européenne et la Turquie ont conclu un accord afin de mettre un coup d'arrêt à l'afflux de migrants vers l'Europe.
En termes quantitatifs, l’accord a abouti à des effets immédiats avec une réduction considérable des flux migratoires via la mer Egée à destination de la Grèce. En revanche, le nombre de traversées de la Méditerranée centrale, de la Libye vers l’Italie, a considérablement augmenté depuis.
L'UE s'engageait a accélérer le versement d'une aide de 3 milliards d'euros, déjà promise à la Turquie pour la prise en charge des 2,7 millions de réfugiés qu'elle été censée "accueillir". L'UE ouvrait aussi la porte à une nouvelle enveloppe du même montant avant la fin 2018.

Extrait série "Je suis un.e soultimbanque" O.Got-2015
En 1989 j’ai 20 ans. J’habite le milieu rural du sud-ouest de la france.
Dans le vase clos médiatique, c’est le bicentenaire de la révolution française qui prime, la figure imposée de cette année.
Je traîne ma carcasse de jeune adulte désabusé. Persuadé que le monde ne réservera plus de surprise du côté de l’émancipation et de la justice sociale. La révolution m’apparait comme une matière première pour la société du spectacle. La chute du mur de Berlin digérée par les médias est comme une mise en scène de cette conviction.
Un jour je vais au cinéma voir un film historique : La Soule de Michel Sibra.
C’est l’histoire d’une vengeance à l’époque des guerres napoléoniennes, au travers d’un jeu de balle réputé violent.
La soule est le nom donné à la balle et au jeu en lui-même. Ce jeu populaire traditionnel était très répandu en France jusqu’à la révolution française de 1789, puis plus résiduellement jusqu’au XIXème siècle.
J’ai joué au rugby de 10 à 18 ans dans un club d’une petite ville de 5000 habitans. J’étais curieux de découvrir ce vague ancêtre de mon sport de prédilection.
Ce fut le début d’une longue aventure transformatrice expérimentant les relations entre tradition et nouveauté tel que définit par Hugues Bazin : « La tradition n'est pas simplement la mise au présent d'éléments du passé mais la mise en oeuvre d'un travail de transformation à travers des processus de transmission »(Hugues Bazin, Note de travail sur Ateliers-résidences en quartiers populaires, Musique de Nuit Diffusion, Bordeaux, 1999)
La découverte de la soule grace à l’œuvre de fiction de Michel Sibra fait germer dans ma tête, et celles de la compagnie exponentielle qui en découla, l’idée d’une pratique contemporaine ludique de pleine nature, une forme culturelle d’utilité festive.
C’est comme une formule magique pour reprendre possession de ses désirs d’enfance. La soule permet de fausser compagnie aux places que l’on fait mine d’occuper dans la société raisonnable.
Cette néosoule s’avère être un tel catalyseur d’énergies et de créativité entre 1995 et 1997, qu’une association est créée (association La Soule) et donne naissance à la compagnie sociale informelle des soultimbanques (adhérents de l’association, joueuses et joueurs de soule).
Cette compagnie, dont peuvent aujourd’hui se réclamer plus de 500 personnes, a sillonné activement les campagnes du sud de la France jusqu’en 2015 avec des incursions en terre auvergnate, champenoise, normande.
Plongé dans ce vécu, il m’a fallu quelques années pour m’extraire de la mêlée et prendre une place de photographe. Je réalise des prises de vue argentiques entre 2000 et 2005.
Ce n’est qu’en 2014 que je décide de raconter cette aventure au travers du projet d’exposition collective Le facteur soule d’où sont extraites les photographies de cette série intitulée je suis un.e soultimbanque.
Qu'est ce que veut dire être soultimbanque ? Quel est donc ce jeu avec une balle de cuir en forme de grosse figue ? Pourquoi des hommes et des femmes font-ils le choix de se jeter dans la mêlée ainsi, de se jeter dans la boue, les taillis, courir à travers bois et prés ? Il semblerait que l'image de jeu de brutes qui colle à la soule soit sérieusement mise à mal par les soultimbanques depuis 1995. être soultimbanque c'est un engagement gratuit de soi afin de laisser de la place à l'imprévisible.
Dans le vase clos médiatique, c’est le bicentenaire de la révolution française qui prime, la figure imposée de cette année.
Je traîne ma carcasse de jeune adulte désabusé. Persuadé que le monde ne réservera plus de surprise du côté de l’émancipation et de la justice sociale. La révolution m’apparait comme une matière première pour la société du spectacle. La chute du mur de Berlin digérée par les médias est comme une mise en scène de cette conviction.
Un jour je vais au cinéma voir un film historique : La Soule de Michel Sibra.
C’est l’histoire d’une vengeance à l’époque des guerres napoléoniennes, au travers d’un jeu de balle réputé violent.
La soule est le nom donné à la balle et au jeu en lui-même. Ce jeu populaire traditionnel était très répandu en France jusqu’à la révolution française de 1789, puis plus résiduellement jusqu’au XIXème siècle.
J’ai joué au rugby de 10 à 18 ans dans un club d’une petite ville de 5000 habitans. J’étais curieux de découvrir ce vague ancêtre de mon sport de prédilection.
Ce fut le début d’une longue aventure transformatrice expérimentant les relations entre tradition et nouveauté tel que définit par Hugues Bazin : « La tradition n'est pas simplement la mise au présent d'éléments du passé mais la mise en oeuvre d'un travail de transformation à travers des processus de transmission »(Hugues Bazin, Note de travail sur Ateliers-résidences en quartiers populaires, Musique de Nuit Diffusion, Bordeaux, 1999)
La découverte de la soule grace à l’œuvre de fiction de Michel Sibra fait germer dans ma tête, et celles de la compagnie exponentielle qui en découla, l’idée d’une pratique contemporaine ludique de pleine nature, une forme culturelle d’utilité festive.
C’est comme une formule magique pour reprendre possession de ses désirs d’enfance. La soule permet de fausser compagnie aux places que l’on fait mine d’occuper dans la société raisonnable.
Cette néosoule s’avère être un tel catalyseur d’énergies et de créativité entre 1995 et 1997, qu’une association est créée (association La Soule) et donne naissance à la compagnie sociale informelle des soultimbanques (adhérents de l’association, joueuses et joueurs de soule).
Cette compagnie, dont peuvent aujourd’hui se réclamer plus de 500 personnes, a sillonné activement les campagnes du sud de la France jusqu’en 2015 avec des incursions en terre auvergnate, champenoise, normande.
Plongé dans ce vécu, il m’a fallu quelques années pour m’extraire de la mêlée et prendre une place de photographe. Je réalise des prises de vue argentiques entre 2000 et 2005.
Ce n’est qu’en 2014 que je décide de raconter cette aventure au travers du projet d’exposition collective Le facteur soule d’où sont extraites les photographies de cette série intitulée je suis un.e soultimbanque.
Qu'est ce que veut dire être soultimbanque ? Quel est donc ce jeu avec une balle de cuir en forme de grosse figue ? Pourquoi des hommes et des femmes font-ils le choix de se jeter dans la mêlée ainsi, de se jeter dans la boue, les taillis, courir à travers bois et prés ? Il semblerait que l'image de jeu de brutes qui colle à la soule soit sérieusement mise à mal par les soultimbanques depuis 1995. être soultimbanque c'est un engagement gratuit de soi afin de laisser de la place à l'imprévisible.

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Extrait série "Les oiseaux de la tempête" O.Got-2016
31 mai 2016, Bordeaux. Pendant que la cité du vin est inaugurée en grandes pompes avec Alain Juppé et François Hollande, le collectif luttes 33 bloque la rocade. Ce moment vécu raisonne en moi tout particulièrement avec la lecture du livre de Lola Lafon "Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce" dont le titre est extrait d'un poème de Voltairine de Cleyre pour le martyr August Spies, anarchiste exécuté en toute illégalité après les émeutes de Haymarket Square en 1887. Une jeunesse militante qui ne veut pas être là où on l'attend.

Extrait série "Cadre/Origine" O.Got-2018
Quel est le cadre de nos origines ? Quel est l'origine du cadre des images ?
Il est ici question d'abord du cadre en tant que milieu géographique et social mais aussi d'un jeu avec le cadre en tant qu'objet délimitant une image exposée.
Une mise en abyme du regard autour des processus d'assignation identitaire, d'essentialisation. Une introspection de l'acte photographique de cadrer qui à la fois simplifie, extrait, isole et en appelle au hors-champ, à l'ailleurs, le non-dit, non-vu, propose des relations complexes avec d'autres images, d'autres regards.
Je suis originaire d'une famille métisse de la Martinique. Ma grand-mère paternelle y est née en 1907 et est arrivée en métropole à l'âge de 18 ans. Jamais elle ne verbalisa ses origines métisses qu'elle se força de dissimuler toute sa vie, faisant appel sans le savoir aux tactiques du passing. Mon regard d'enfant maintes fois posé sur la photographie de famille prise en 1907 puis les explorations généalogiques menées par la suite ne laissent aucun doute sur la créolisation de notre famille. Tout par de ce cadre et y revient. Voilà l'origine de cette série photographique.
Il est ici question d'abord du cadre en tant que milieu géographique et social mais aussi d'un jeu avec le cadre en tant qu'objet délimitant une image exposée.
Une mise en abyme du regard autour des processus d'assignation identitaire, d'essentialisation. Une introspection de l'acte photographique de cadrer qui à la fois simplifie, extrait, isole et en appelle au hors-champ, à l'ailleurs, le non-dit, non-vu, propose des relations complexes avec d'autres images, d'autres regards.
Je suis originaire d'une famille métisse de la Martinique. Ma grand-mère paternelle y est née en 1907 et est arrivée en métropole à l'âge de 18 ans. Jamais elle ne verbalisa ses origines métisses qu'elle se força de dissimuler toute sa vie, faisant appel sans le savoir aux tactiques du passing. Mon regard d'enfant maintes fois posé sur la photographie de famille prise en 1907 puis les explorations généalogiques menées par la suite ne laissent aucun doute sur la créolisation de notre famille. Tout par de ce cadre et y revient. Voilà l'origine de cette série photographique.

Extrait série "saisir ce qui nous échappe" O-Got-2016
Nous sommes à Jedburgh. Ce jeudi 11 février 2016, c’est le jour du Jedhart handba’ et c’est aussi un peu le jour des fous. Traditionnellement, licence était donnée aux écoliers de la ville et tous les ouvriers avaient quartier libre. Toute la campagne environnante se pressait au spectacle du ba’ game. Aujourd’hui encore, les femmes cousent des rubans aux petites balles de cuir dur fourrées de mousse et de foin. Le joueur qui les leur rapportera obtiendra peut-être leurs faveurs. Ici le jeu n’a lieu qu’une fois l’an, le jeudi d’après le Mardi-Gras, parfois le jeudi suivant, en fonction d’un calendrier lunaire déterminé par un vieux proverbe local. On ne sait jamais sa date trop à l’avance, tellement le jeu échappe à toute logique apparente. Pourtant, on sait bien qu’il aura lieu, et suffisamment à l’avance on sait quel jour ce sera. On le sait, car il faut préparer les balles, qu’on lancera le moment venu à la mêlée pour commémorer les anniversaires de mariages.
Jedburgh est une petite ville tranquille de la région des Borders, au sud de l’Ecosse. Une ville tranquille, donc, mais une fois par an le jeu contredit cette idée. Une ville-frontière, aussi, et cette fois le jeu reflète bien cette idée. Le principe du jeu, c’est le combat de ceux du haut contre ceux du bas. L’opposition des principes du monde. Le haut contre le bas. L’hiver contre l’été. La nuit contre le jour. De midi à minuit s’il le faut. Jusqu’à la fin des balles dont les lancers égrènent les heures le jour du jeu. Jusqu’à la fin des temps.
Pour parvenir à Jedburgh, si l’on vient du nord et d’Edimbourg, il faut longer les murs du Duc de Buccleuch pendant plusieurs dizaines de miles. Si l’on vient du sud et d’Angleterre, c’est le mur d’Hadrien que l’on traverse. Géographie sensible. A l’arrivée, on est à la fois face au mur, au pied du mur, de l’autre côté du mur. Et pendant le temps du jeu il n’y a plus de murs. Les balles s’envolent par-dessus les murs. La rivière Jed, les façades des maisons des rues principales, les murs du Duc de Buccleuch et d’Hadrien projettent leurs ombres gigantesques et tournoient autour des joueurs emmêlés. Empoignade générale ! On part au quart de tour et on s’arc-boute pour ne pas contrarier le sens des murs, le sens du temps, le sens des heures passées à jouer, le sens du monde qui maintient les joueurs dans un chaos bien ordonné, à la fois entre les murs et au-delà des murs.
Les mythes locaux de Jedburgh, celui de l’Anglais honni, violeur de filles locales, dont on utilise la tête coupée en guise de ballon, celui du galant Prince de la jeunesse à la poitrine duquel on épingle un vert rameau de chêne, l’été, dans le parc de Ferniehirst, celui de la cavalcade victorieuse qui défend la communauté des ladres contrebandiers, tous ces mythes nous éloignent apparemment des rugosités du bitume et de la réalité brute du jeu. Comme si le chaos de la mêlée ne pouvait se satisfaire de lui-même et devait s’adosser à quelque explication rationnelle venue de l’extérieur. Ainsi, les mythes rationalisent ce que la mêlée touffue ne peut arriver à expliquer elle-même. Et pourtant, dans la mêlée, l’action transcende les mythes et n’a plus besoin d’eux. Le jeu rassemble l’enfance et l’âge adulte, les hommes et les femmes, les paysans et les bourgeois. Il a sa logique propre, une logique populaire insoumise aux règles de la raison d’Etat, une logique qui passe par le contact des corps, une logique qui construit des relations improbables entre les joueurs locaux et toute personne de passage prête à se jeter dans la mêlée.
Cette balle qui nous échappe, elle contient un fragment du monde. Chercher à la saisir, c’est chercher à comprendre ce qui se passe.
Laurent Sébastien Fournier,
Anthropologue, Professeur des Universités, Université Côte d'Azur.
Jedburgh est une petite ville tranquille de la région des Borders, au sud de l’Ecosse. Une ville tranquille, donc, mais une fois par an le jeu contredit cette idée. Une ville-frontière, aussi, et cette fois le jeu reflète bien cette idée. Le principe du jeu, c’est le combat de ceux du haut contre ceux du bas. L’opposition des principes du monde. Le haut contre le bas. L’hiver contre l’été. La nuit contre le jour. De midi à minuit s’il le faut. Jusqu’à la fin des balles dont les lancers égrènent les heures le jour du jeu. Jusqu’à la fin des temps.
Pour parvenir à Jedburgh, si l’on vient du nord et d’Edimbourg, il faut longer les murs du Duc de Buccleuch pendant plusieurs dizaines de miles. Si l’on vient du sud et d’Angleterre, c’est le mur d’Hadrien que l’on traverse. Géographie sensible. A l’arrivée, on est à la fois face au mur, au pied du mur, de l’autre côté du mur. Et pendant le temps du jeu il n’y a plus de murs. Les balles s’envolent par-dessus les murs. La rivière Jed, les façades des maisons des rues principales, les murs du Duc de Buccleuch et d’Hadrien projettent leurs ombres gigantesques et tournoient autour des joueurs emmêlés. Empoignade générale ! On part au quart de tour et on s’arc-boute pour ne pas contrarier le sens des murs, le sens du temps, le sens des heures passées à jouer, le sens du monde qui maintient les joueurs dans un chaos bien ordonné, à la fois entre les murs et au-delà des murs.
Les mythes locaux de Jedburgh, celui de l’Anglais honni, violeur de filles locales, dont on utilise la tête coupée en guise de ballon, celui du galant Prince de la jeunesse à la poitrine duquel on épingle un vert rameau de chêne, l’été, dans le parc de Ferniehirst, celui de la cavalcade victorieuse qui défend la communauté des ladres contrebandiers, tous ces mythes nous éloignent apparemment des rugosités du bitume et de la réalité brute du jeu. Comme si le chaos de la mêlée ne pouvait se satisfaire de lui-même et devait s’adosser à quelque explication rationnelle venue de l’extérieur. Ainsi, les mythes rationalisent ce que la mêlée touffue ne peut arriver à expliquer elle-même. Et pourtant, dans la mêlée, l’action transcende les mythes et n’a plus besoin d’eux. Le jeu rassemble l’enfance et l’âge adulte, les hommes et les femmes, les paysans et les bourgeois. Il a sa logique propre, une logique populaire insoumise aux règles de la raison d’Etat, une logique qui passe par le contact des corps, une logique qui construit des relations improbables entre les joueurs locaux et toute personne de passage prête à se jeter dans la mêlée.
Cette balle qui nous échappe, elle contient un fragment du monde. Chercher à la saisir, c’est chercher à comprendre ce qui se passe.
Laurent Sébastien Fournier,
Anthropologue, Professeur des Universités, Université Côte d'Azur.

Extrait de l'exposition "Entrez dans la grotte de Cussac" O-Got-2012
La grotte préhistorique de Cussac, découverte en septembre
2000 au sud de la vallée de la Dordogne, abrite des centaines de
gravures gravettiennes associées à des restes humains datant
de plus de 29 000 ans. Le calcaire tendre des parois a permis la
réalisation de gravures monumentales, rares pour cette période.
La présence d’un art pariétal et de témoignages du passage des
hommes et des animaux (traces de pas, mouchage de torches, etc.)
remarquablement bien préservés, font de cette grotte, un terrain
de recherche exceptionnel.
Depuis 2010, la grotte de Cussac fait l’objet d’une étude
interdisciplinaire menée par une trentaine de chercheurs au sein
d’un projet collectif de recherche (PCR) qui associe étroitement
l’élément culturel (les productions graphiques, les pratiques
funéraires) et l’élément naturel (le massif, la paroi), afin de répondre
aux exigences actuelles en matière de conservation, de protection
et de valorisation patrimoniale.
L’exposition « Entrez dans la grotte de Cussac » vous propose de découvrir les gravures pariétales
à travers les photographies réalisées par Norbert Aujoulat, ancien conservateur du Département d’art
pariétal au Centre National de Préhistoire, ainsi que le travail des chercheurs grâce aux clichés d’Olivier
Got, photographe de l’Université de Bordeaux.
Cette exposition a été conçue par le service Culture de l’Université de Bordeaux, Campus sciences
et technologies (Anne Lassègues, responsable du service Culture et Elsa Dorey, journaliste scientifique)
et le laboratoire PACEA, UMR 5199 CNRS-Université de Bordeaux-Ministère de la Culture et de la
Communication (commissaires scientifiques : Jacques Jaubert et Nathalie Fourment) en collaboration avec
le Pôle international de la Préhistoire et la Direction régionale des affaires culturelles – Aquitaine (DRAC).
2000 au sud de la vallée de la Dordogne, abrite des centaines de
gravures gravettiennes associées à des restes humains datant
de plus de 29 000 ans. Le calcaire tendre des parois a permis la
réalisation de gravures monumentales, rares pour cette période.
La présence d’un art pariétal et de témoignages du passage des
hommes et des animaux (traces de pas, mouchage de torches, etc.)
remarquablement bien préservés, font de cette grotte, un terrain
de recherche exceptionnel.
Depuis 2010, la grotte de Cussac fait l’objet d’une étude
interdisciplinaire menée par une trentaine de chercheurs au sein
d’un projet collectif de recherche (PCR) qui associe étroitement
l’élément culturel (les productions graphiques, les pratiques
funéraires) et l’élément naturel (le massif, la paroi), afin de répondre
aux exigences actuelles en matière de conservation, de protection
et de valorisation patrimoniale.
L’exposition « Entrez dans la grotte de Cussac » vous propose de découvrir les gravures pariétales
à travers les photographies réalisées par Norbert Aujoulat, ancien conservateur du Département d’art
pariétal au Centre National de Préhistoire, ainsi que le travail des chercheurs grâce aux clichés d’Olivier
Got, photographe de l’Université de Bordeaux.
Cette exposition a été conçue par le service Culture de l’Université de Bordeaux, Campus sciences
et technologies (Anne Lassègues, responsable du service Culture et Elsa Dorey, journaliste scientifique)
et le laboratoire PACEA, UMR 5199 CNRS-Université de Bordeaux-Ministère de la Culture et de la
Communication (commissaires scientifiques : Jacques Jaubert et Nathalie Fourment) en collaboration avec
le Pôle international de la Préhistoire et la Direction régionale des affaires culturelles – Aquitaine (DRAC).

Extrait de la série "Marre de la barbe à papa" O-Got- 2014
Août 2014 dans un airial Landais, un petit air forain pour les 40 ans de deux cousines.
David Pujadas n'ayant pas encore décrété que le patriarcat était derrière nous (JT du 29 mars 2017), l’indétrônable barbe à papa devait être balayée.
Alors que le soleil décline, portraits autour du stand "La moustache à maman".
La femme, en tant que phénomène de foire, est elle mieux à barbe ou à moustache ?
Le poil oblige-t-il au sérieux ? Ou comment l’auto dérision militante se joue de velus attributs.
David Pujadas n'ayant pas encore décrété que le patriarcat était derrière nous (JT du 29 mars 2017), l’indétrônable barbe à papa devait être balayée.
Alors que le soleil décline, portraits autour du stand "La moustache à maman".
La femme, en tant que phénomène de foire, est elle mieux à barbe ou à moustache ?
Le poil oblige-t-il au sérieux ? Ou comment l’auto dérision militante se joue de velus attributs.

Extrait de la série "L'amère méditerranée" O-Got-2016
En Aout 2016 je découvrais la Crète durant 3 semaines lors d'un voyage famillial où nous étions accueillis par des ami.e.s archéologues travaillant sur des fouilles archéologiques depuis 2005. Ces vacances exceptionnelles étaient un projet de longue date.
Ma joie initiale à la perspective de ce projet fit peu à peu place à un malaise devant l'actualité et les conséquences funestes des politiques migratoires européennes.
Le 18 mars 2016, François Hollande signe l'accord UE-Turquie malgré les alertes de Kenneth Roth , Directeur exécutif de Human Rights Watch.
C'est un consentement effectif à une politique perverse d'édification d'écueils mortifères entre les peuples d'europe et ceux du monde méditerranén, oriental, africain.
Je me retrouvais malgré moi engagé dans ce camp, comme des millions d'européens non consentants.
Outragé, où en était mon trajet ?
Depuis 2014, 25111 migrant.e.s sont mort.e.s ou disparu.e.s en Méditerranée alors qu’elles/ils tentaient d’atteindre les côtes de l’Europe. 5136 pour la seule année 2016 (OIM/Migrants disparus).
Plusieurs voix parlent de la méditerranée comme étant le plus grand cimetière de migrant.e.s.
J'y vois un cimetière marin de plus en plus massivement hanté, venant s'ajouter au cimetière atlantique, jonché d'esclaves du commerce triangulaire, migrant.e.s également, victimes de la toute puissance coloniale des états occidentaux. Et que savons-nous vraiment des fonds de toutes les autres étendues d'eau ?
L'histoire des migrations massives et forcées révèle bien souvent les volontés de domination et d'accaparement des grandes puissances économiques et leurs opérations d'influence géopolitique. Les mouvements échapatoires de populations actuels, conséquents aux bouleversements climatiques, relèvent des mêmes logiques et intentions.
Voilà dans quel état d'esprit je me retrouvais, en cet été 2016, à faire du tourisme sur cette magnifique et mythique île de la méditerranée.
Un touriste français bien loti incapable de faire abstraction de cette amère réalité. Bercé par le loisir de se débattre avec ses idéaux de solidarité internationale.
La beauté et le deuil chaque jour se télescopaient dans mon regard.
Toutes ces personnes en fuite, affrontant les eaux de la méditérannée dans l'espoir de vivre. Vivantes ou décédées, elles m'étaient invisibles.
Ressenti d' impuissance mélé à l'indécence de ma condition de vacancier.
Depuis ce séjour, l'amer est le premier goùt qui m'accompagne quand me vient le goùt du voyage, du déplacement. Ce n'est point un handicap.
Plutôt une mise au point. Un nouveau point d'appui. Un façon nouvelle d'appréhender chaque nouveau milieu où j'évolue.
Puisse ma façon de photographier échapper aux images douceureuses.
Informations annexes :
Le Projet Migrants Disparus de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) enregistre des incidents au cours desquels des migrants, quel que soit leur statut juridique, sont décédés aux frontières extérieures des États ou en cours de migration vers une destination internationale.
Ces données concernent uniquement les morts signalées. Il s’agit donc de données minimales sur la base de signalements émis par les gouvernements et par les bureaux locaux de l’OIM. Tous les chiffres restent donc sous-estimés.
Le 18 mars 2016 l'Union Européenne et la Turquie ont conclu un accord afin de mettre un coup d'arrêt à l'afflux de migrants vers l'Europe.
En termes quantitatifs, l’accord a abouti à des effets immédiats avec une réduction considérable des flux migratoires via la mer Egée à destination de la Grèce. En revanche, le nombre de traversées de la Méditerranée centrale, de la Libye vers l’Italie, a considérablement augmenté depuis.
L'UE s'engageait a accélérer le versement d'une aide de 3 milliards d'euros, déjà promise à la Turquie pour la prise en charge des 2,7 millions de réfugiés qu'elle été censée "accueillir". L'UE ouvrait aussi la porte à une nouvelle enveloppe du même montant avant la fin 2018.
Ma joie initiale à la perspective de ce projet fit peu à peu place à un malaise devant l'actualité et les conséquences funestes des politiques migratoires européennes.
Le 18 mars 2016, François Hollande signe l'accord UE-Turquie malgré les alertes de Kenneth Roth , Directeur exécutif de Human Rights Watch.
C'est un consentement effectif à une politique perverse d'édification d'écueils mortifères entre les peuples d'europe et ceux du monde méditerranén, oriental, africain.
Je me retrouvais malgré moi engagé dans ce camp, comme des millions d'européens non consentants.
Outragé, où en était mon trajet ?
Depuis 2014, 25111 migrant.e.s sont mort.e.s ou disparu.e.s en Méditerranée alors qu’elles/ils tentaient d’atteindre les côtes de l’Europe. 5136 pour la seule année 2016 (OIM/Migrants disparus).
Plusieurs voix parlent de la méditerranée comme étant le plus grand cimetière de migrant.e.s.
J'y vois un cimetière marin de plus en plus massivement hanté, venant s'ajouter au cimetière atlantique, jonché d'esclaves du commerce triangulaire, migrant.e.s également, victimes de la toute puissance coloniale des états occidentaux. Et que savons-nous vraiment des fonds de toutes les autres étendues d'eau ?
L'histoire des migrations massives et forcées révèle bien souvent les volontés de domination et d'accaparement des grandes puissances économiques et leurs opérations d'influence géopolitique. Les mouvements échapatoires de populations actuels, conséquents aux bouleversements climatiques, relèvent des mêmes logiques et intentions.
Voilà dans quel état d'esprit je me retrouvais, en cet été 2016, à faire du tourisme sur cette magnifique et mythique île de la méditerranée.
Un touriste français bien loti incapable de faire abstraction de cette amère réalité. Bercé par le loisir de se débattre avec ses idéaux de solidarité internationale.
La beauté et le deuil chaque jour se télescopaient dans mon regard.
Toutes ces personnes en fuite, affrontant les eaux de la méditérannée dans l'espoir de vivre. Vivantes ou décédées, elles m'étaient invisibles.
Ressenti d' impuissance mélé à l'indécence de ma condition de vacancier.
Depuis ce séjour, l'amer est le premier goùt qui m'accompagne quand me vient le goùt du voyage, du déplacement. Ce n'est point un handicap.
Plutôt une mise au point. Un nouveau point d'appui. Un façon nouvelle d'appréhender chaque nouveau milieu où j'évolue.
Puisse ma façon de photographier échapper aux images douceureuses.
Informations annexes :
Le Projet Migrants Disparus de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) enregistre des incidents au cours desquels des migrants, quel que soit leur statut juridique, sont décédés aux frontières extérieures des États ou en cours de migration vers une destination internationale.
Ces données concernent uniquement les morts signalées. Il s’agit donc de données minimales sur la base de signalements émis par les gouvernements et par les bureaux locaux de l’OIM. Tous les chiffres restent donc sous-estimés.
Le 18 mars 2016 l'Union Européenne et la Turquie ont conclu un accord afin de mettre un coup d'arrêt à l'afflux de migrants vers l'Europe.
En termes quantitatifs, l’accord a abouti à des effets immédiats avec une réduction considérable des flux migratoires via la mer Egée à destination de la Grèce. En revanche, le nombre de traversées de la Méditerranée centrale, de la Libye vers l’Italie, a considérablement augmenté depuis.
L'UE s'engageait a accélérer le versement d'une aide de 3 milliards d'euros, déjà promise à la Turquie pour la prise en charge des 2,7 millions de réfugiés qu'elle été censée "accueillir". L'UE ouvrait aussi la porte à une nouvelle enveloppe du même montant avant la fin 2018.

Extrait série "Je suis un.e soultimbanque" O.Got-2015
En 1989 j’ai 20 ans. J’habite le milieu rural du sud-ouest de la france.
Dans le vase clos médiatique, c’est le bicentenaire de la révolution française qui prime, la figure imposée de cette année.
Je traîne ma carcasse de jeune adulte désabusé. Persuadé que le monde ne réservera plus de surprise du côté de l’émancipation et de la justice sociale. La révolution m’apparait comme une matière première pour la société du spectacle. La chute du mur de Berlin digérée par les médias est comme une mise en scène de cette conviction.
Un jour je vais au cinéma voir un film historique : La Soule de Michel Sibra.
C’est l’histoire d’une vengeance à l’époque des guerres napoléoniennes, au travers d’un jeu de balle réputé violent.
La soule est le nom donné à la balle et au jeu en lui-même. Ce jeu populaire traditionnel était très répandu en France jusqu’à la révolution française de 1789, puis plus résiduellement jusqu’au XIXème siècle.
J’ai joué au rugby de 10 à 18 ans dans un club d’une petite ville de 5000 habitans. J’étais curieux de découvrir ce vague ancêtre de mon sport de prédilection.
Ce fut le début d’une longue aventure transformatrice expérimentant les relations entre tradition et nouveauté tel que définit par Hugues Bazin : « La tradition n'est pas simplement la mise au présent d'éléments du passé mais la mise en oeuvre d'un travail de transformation à travers des processus de transmission »(Hugues Bazin, Note de travail sur Ateliers-résidences en quartiers populaires, Musique de Nuit Diffusion, Bordeaux, 1999)
La découverte de la soule grace à l’œuvre de fiction de Michel Sibra fait germer dans ma tête, et celles de la compagnie exponentielle qui en découla, l’idée d’une pratique contemporaine ludique de pleine nature, une forme culturelle d’utilité festive.
C’est comme une formule magique pour reprendre possession de ses désirs d’enfance. La soule permet de fausser compagnie aux places que l’on fait mine d’occuper dans la société raisonnable.
Cette néosoule s’avère être un tel catalyseur d’énergies et de créativité entre 1995 et 1997, qu’une association est créée (association La Soule) et donne naissance à la compagnie sociale informelle des soultimbanques (adhérents de l’association, joueuses et joueurs de soule).
Cette compagnie, dont peuvent aujourd’hui se réclamer plus de 500 personnes, a sillonné activement les campagnes du sud de la France jusqu’en 2015 avec des incursions en terre auvergnate, champenoise, normande.
Plongé dans ce vécu, il m’a fallu quelques années pour m’extraire de la mêlée et prendre une place de photographe. Je réalise des prises de vue argentiques entre 2000 et 2005.
Ce n’est qu’en 2014 que je décide de raconter cette aventure au travers du projet d’exposition collective Le facteur soule d’où sont extraites les photographies de cette série intitulée je suis un.e soultimbanque.
Qu'est ce que veut dire être soultimbanque ? Quel est donc ce jeu avec une balle de cuir en forme de grosse figue ? Pourquoi des hommes et des femmes font-ils le choix de se jeter dans la mêlée ainsi, de se jeter dans la boue, les taillis, courir à travers bois et prés ? Il semblerait que l'image de jeu de brutes qui colle à la soule soit sérieusement mise à mal par les soultimbanques depuis 1995. être soultimbanque c'est un engagement gratuit de soi afin de laisser de la place à l'imprévisible.
Dans le vase clos médiatique, c’est le bicentenaire de la révolution française qui prime, la figure imposée de cette année.
Je traîne ma carcasse de jeune adulte désabusé. Persuadé que le monde ne réservera plus de surprise du côté de l’émancipation et de la justice sociale. La révolution m’apparait comme une matière première pour la société du spectacle. La chute du mur de Berlin digérée par les médias est comme une mise en scène de cette conviction.
Un jour je vais au cinéma voir un film historique : La Soule de Michel Sibra.
C’est l’histoire d’une vengeance à l’époque des guerres napoléoniennes, au travers d’un jeu de balle réputé violent.
La soule est le nom donné à la balle et au jeu en lui-même. Ce jeu populaire traditionnel était très répandu en France jusqu’à la révolution française de 1789, puis plus résiduellement jusqu’au XIXème siècle.
J’ai joué au rugby de 10 à 18 ans dans un club d’une petite ville de 5000 habitans. J’étais curieux de découvrir ce vague ancêtre de mon sport de prédilection.
Ce fut le début d’une longue aventure transformatrice expérimentant les relations entre tradition et nouveauté tel que définit par Hugues Bazin : « La tradition n'est pas simplement la mise au présent d'éléments du passé mais la mise en oeuvre d'un travail de transformation à travers des processus de transmission »(Hugues Bazin, Note de travail sur Ateliers-résidences en quartiers populaires, Musique de Nuit Diffusion, Bordeaux, 1999)
La découverte de la soule grace à l’œuvre de fiction de Michel Sibra fait germer dans ma tête, et celles de la compagnie exponentielle qui en découla, l’idée d’une pratique contemporaine ludique de pleine nature, une forme culturelle d’utilité festive.
C’est comme une formule magique pour reprendre possession de ses désirs d’enfance. La soule permet de fausser compagnie aux places que l’on fait mine d’occuper dans la société raisonnable.
Cette néosoule s’avère être un tel catalyseur d’énergies et de créativité entre 1995 et 1997, qu’une association est créée (association La Soule) et donne naissance à la compagnie sociale informelle des soultimbanques (adhérents de l’association, joueuses et joueurs de soule).
Cette compagnie, dont peuvent aujourd’hui se réclamer plus de 500 personnes, a sillonné activement les campagnes du sud de la France jusqu’en 2015 avec des incursions en terre auvergnate, champenoise, normande.
Plongé dans ce vécu, il m’a fallu quelques années pour m’extraire de la mêlée et prendre une place de photographe. Je réalise des prises de vue argentiques entre 2000 et 2005.
Ce n’est qu’en 2014 que je décide de raconter cette aventure au travers du projet d’exposition collective Le facteur soule d’où sont extraites les photographies de cette série intitulée je suis un.e soultimbanque.
Qu'est ce que veut dire être soultimbanque ? Quel est donc ce jeu avec une balle de cuir en forme de grosse figue ? Pourquoi des hommes et des femmes font-ils le choix de se jeter dans la mêlée ainsi, de se jeter dans la boue, les taillis, courir à travers bois et prés ? Il semblerait que l'image de jeu de brutes qui colle à la soule soit sérieusement mise à mal par les soultimbanques depuis 1995. être soultimbanque c'est un engagement gratuit de soi afin de laisser de la place à l'imprévisible.

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