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En Aout 2016 je découvrais la Crète durant 3 semaines lors d'un voyage famillial où nous étions accueillis par des ami.e.s archéologues travaillant sur des fouilles archéologiques depuis 2005. Ces vacances exceptionnelles étaient un projet de longue date. Ma joie initiale à la perspective de ce projet fit peu à peu place à un malaise devant l'actualité et les conséquences funestes des politiques migratoires européennes. Le 18 mars 2016, François Hollande signe l'accord UE-Turquie malgré les alertes de Kenneth Roth , Directeur exécutif de Human Rights Watch. C'est un consentement effectif à une politique perverse d'édification d'écueils mortifères entre les peuples d'europe et ceux du monde méditerranén, oriental, africain. Je me retrouvais malgré moi engagé dans ce camp, comme des millions d'européens non consentants. Outragé, où en était mon trajet ? Depuis 2014, 25111 migrant.e.s sont mort.e.s ou disparu.e.s en Méditerranée alors qu’elles/ils tentaient d’atteindre les côtes de l’Europe. 5136 pour la seule année 2016 (OIM/Migrants disparus). Plusieurs voix parlent de la méditerranée comme étant le plus grand cimetière de migrant.e.s. J'y vois un cimetière marin de plus en plus massivement hanté, venant s'ajouter au cimetière atlantique, jonché d'esclaves du commerce triangulaire, migrant.e.s également, victimes de la toute puissance coloniale des états occidentaux. Et que savons-nous vraiment des fonds de toutes les autres étendues d'eau ? L'histoire des migrations massives et forcées révèle bien souvent les volontés de domination et d'accaparement des grandes puissances économiques et leurs opérations d'influence géopolitique. Les mouvements échapatoires de populations actuels, conséquents aux bouleversements climatiques, relèvent des mêmes logiques et intentions. Voilà dans quel état d'esprit je me retrouvais, en cet été 2016, à faire du tourisme sur cette magnifique et mythique île de la méditerranée. Un touriste français bien loti incapable de faire abstraction de cette amère réalité. Bercé par le loisir de se débattre avec ses idéaux de solidarité internationale. La beauté et le deuil chaque jour se télescopaient dans mon regard. Toutes ces personnes en fuite, affrontant les eaux de la méditérannée dans l'espoir de vivre. Vivantes ou décédées, elles m'étaient invisibles. Ressenti d' impuissance mélé à l'indécence de ma condition de vacancier. Depuis ce séjour, l'amer est le premier goùt qui m'accompagne quand me vient le goùt du voyage, du déplacement. Ce n'est point un handicap. Plutôt une mise au point. Un nouveau point d'appui. Un façon nouvelle d'appréhender chaque nouveau milieu où j'évolue. Puisse ma façon de photographier échapper aux images douceureuses. Informations annexes : Le Projet Migrants Disparus de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) enregistre des incidents au cours desquels des migrants, quel que soit leur statut juridique, sont décédés aux frontières extérieures des États ou en cours de migration vers une destination internationale. Ces données concernent uniquement les morts signalées. Il s’agit donc de données minimales sur la base de signalements émis par les gouvernements et par les bureaux locaux de l’OIM. Tous les chiffres restent donc sous-estimés. Le 18 mars 2016 l'Union Européenne et la Turquie ont conclu un accord afin de mettre un coup d'arrêt à l'afflux de migrants vers l'Europe. En termes quantitatifs, l’accord a abouti à des effets immédiats avec une réduction considérable des flux migratoires via la mer Egée à destination de la Grèce. En revanche, le nombre de traversées de la Méditerranée centrale, de la Libye vers l’Italie, a considérablement augmenté depuis. L'UE s'engageait a accélérer le versement d'une aide de 3 milliards d'euros, déjà promise à la Turquie pour la prise en charge des 2,7 millions de réfugiés qu'elle été censée "accueillir". L'UE ouvrait aussi la porte à une nouvelle enveloppe du même montant avant la fin 2018.

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